BLACKENED POST CORE ? INTERVIEW DE DEMANDE A LA POUSSIÈRE

"Un jour j'ai attrapé un livre, je l'ai ouvert et c'était ça. Je restai planté un moment en le lisant, comme un homme qui a trouvé de l'or à la décharge publique

(Charles Bukowski, préface à Demande à la poussière de John Fante)

BLACKENED POST-CORE FRANCE 


INTERVIEW DEMANDE A LA POUSSIÈRE AVEC KRYS DENHEZ (CHANT/GUITARES)




Bonjour Christophe, d’abord un grand merci d’avoir accepté cette interview. Tu es un homme occupé par beaucoup de projets musicaux très différents, et ce n’est pas nouveau, puisqu’il y avait déjà eu Nerv et 6:33 par exemple…Peux-tu retracer ton parcours musical pour nos lecteurs ?

Bonjour Pierre, en effet j’ai fait partie d’un bon nombre de formations dans lesquelles j’ai apporté il me semble ce que je pouvais à l’instant « T », ce sont des bons souvenirs et parfois des douloureux, mais cela forge l’expérience. J’ai démarré dans Why Draft groupe de fusion hardcore de 1995 à 2005. Puis Jarell et 6h33 deux formations différentes, l’une dans un style death mélodique à la suédoise et la seconde dans une ambiance Mr Bungle.  J’ai rejoint Nerv car il se dégage de ce projet une rage et une force conjuguées dans un style Mathcore. Gloomy Hellium Bath est un projet axé sur la folie et deux esprits fantasques avec Edgard Chevallier. Ensuite nous créons  avec Jean Philippe Ouamer le projet Omrade, une envie que j’avais depuis longtemps, un projet inspiré d’Ulver, In the woods ou encore Manes. Dans ce projet je joue de la guitare en plus du chant. Quant à Ophe c’est un projet que j’ai débuté à Dubaï, c’était une envie de faire un album très sombre et violent, j’ai toujours aimé le black métal mais je ne m’étais jamais prêté à l’exercice, ce fût une excellente expérience. Le nouveau-né est Demande à la Poussière, un projet qui va signer un retour sur scène, projet sombre et intense avec Jeff Grimal, Edgard Chevallier. 

Aujourd’hui nous allons nous focaliser sur la sortie récente du génial album de Demande à la poussière, mais nous parlerons aussi d’Omrade et OPhe.  Pour Demande à la poussière, peux-tu revenir sur la genèse du projet, les influences ? Comment passer d’un bouquin de John Fante (génial par ailleurs) à un album de blackened post-core d’une noirceur et d’une densité hallucinante ? D’ailleurs le label « blackened post-core » n’est-il pas un peu réducteur ?

La genèse de Demande à la poussière vient d’une envie commune que nous avions avec Jeff Grimal de jouer ensemble. Au départ, nous nous sommes retrouvés en studio sans aucune idée préconçue, nous avons mélangé nos influences et nos envies durant une semaine. John Fante a toujours su analyser et décrypter une Amérique très sombre avec une dureté de vie souvent comparable à la Survie en milieu urbain. Notre projet collait tout à fait avec cette vision. L’album s’inspire du livre mais pas uniquement il y a aussi une inspiration forte du livre "bréviaire du chaos" d’Albert Caraco. La noirceur de cet album est salvatrice pour nous tous car on a évacué beaucoup de choses. Cet album est à ce jour le plus intense qu’il m’ait été donné de faire. Pour ce qui est du Blackened post-core, je n’ai pas d’avis. Je pense que cela doit aider à orienter l’auditeur mais aussi le faire fuir, je ne sais pas trop, pour ma part les étiquettes comptent peu seule la musique donne sa propre définition.

Toujours sur DALP, je trouve dommage que vous n’ayez pas mis les paroles dans le livret, mais bon. Vous dites aussi que les textes sont de Dan Fante (le fils de John) et du philosophe nihiliste Albert Caraco. Tu peux nous en dire plus ?

Oui nous n’avons pas mis les textes, car cela impliquait de briser l’aspect intimiste qu’on souhaitait garder avec les œuvres de John Fante, Dan Fante ou Albert Caraco. Fournir les textes aurait été trop simple, l’idée sous-jacente étant de faire redécouvrir les œuvres de ces auteurs au travers de notre vision. La musique est un superbe vecteur pour ce type d’écrits, et l’artwork de Jeff Grimal donne toute sa force à cette réinterprétation.



Quel disque en tous cas ! Une vraie tuerie de plomb fondu ! J’y entends aussi du sludge, non ? Quelles sont vos influences en la matière ? Et en Black Metal ?

Nos influences sont diverses et variées, cela va de Neurosis à Blut aus nord en passant par du YOB, Candlemass mais aussi des groupes de type Kickback ou Aevangelist pour la violence du propos.  Le sludge est très présent dans ce disque, cet aspect est pas mal apporté par Jeff Grimal. Les drones d’Edgard Chevallier donne également tout l’aspect dark et indus qui ramène le projet dans une atmosphère pesante.

Moi qui suis un littéraire et auteur, j’ai été touché de ces références à de grands écrivains. Etes-vous des gros lecteurs dans le groupe ? Si oui, vous lisez quoi ?

Oui nous lisons pas mal de livres dans le groupe. Nos lectures vont de Jack Kerouac, à des choses moins légères comme Jerusalem d’ Alan Moore. L’ésotérique nous intéresse à un très haut point ainsi que les auteurs actuels comme Mark Safranko.

Jeff Grimal (ancien de The Great Old Ones) qui chante sur l’album est un peu de la famille, non ? Vu que c’est aussi lui qui a peint les magnifiques artworks de DALP, mais aussi d’Omrade et Ophe ?

Jeff partage le chant avec moi sur l’album, ce qui donne une force à l’album et deux entités. Il a réalisé les artworks d’Omrade et Ophe, son travail est gigantesque. La toile qu’il a réalisée pour Demande à la poussière est très touchante et forte à la fois.

Un mot sur Omrade, et notamment l’album Nade que tu as sorti en 2017. Ce qui est intéressant c’est que ça n’a absolument aucun lien musical avec DALP, pourtant, il y a pas mal de gens en commun dans les deux line-up ? Peux-tu nous raconter la genèse de ce projet et les objectifs que vous vous étiez fixés ?

Omrade est un projet avec Jean Philippe Ouamer, Nade est le second album du projet. Nous avons la volonté de composer dans un style avant-garde métal qui nous permet pas mal de libertés. Nous avons enregistré au Lower tones place studio avec Edgard Chevallier qui est un excellent ingé son et producteur. Il est également guitariste et drone man dans Demande à la poussière. Il y a Jiu qui joue de la basse également sur cet album. Une apparition d’un copain de longue date Chuck de Ghusa. Donc oui c’est un peu en famille avec une notion très forte de proposer quelque chose de différent. Ulver, Manes sont nos grandes inspirations. D’ailleurs nous avons réalisé un remix d’un titre du dernier album de Manes cette année. Nous allons nous remettre à la composition dans les mois à venir.

Electro Industriel Metal

C’est un très beau disque, très émotionnel et varié, entre electro, indus avec une pointe de metal mais surtout beaucoup de personnalité. Vous citez les influences de Ulver et Manes, God is An astronaut aussi, et c’est clair que c’est là. Moi j’ajouterai aussi Nine Inch Nails pour certains titres et quelque chose qui va peut-être te surprendre, dans ton chant j’entends par moments des similitudes avec Renaud Hantson de Satan Jokers  (sur « Malum » notamment) sachant que pour moi c’est un sacré compliment. Qu’en penses-tu ?

Je n’ai jamais fait le rapprochement, il faudra que j’écoute avec cette approche. En tout cas c’est un sacré compliment au vu du parcours du jeune homme Hantson. Merci.



Le titre « Hanelle » est très fort émotionnellement. S’agit-il d’un texte autobiographique ?
C’est un texte très fort et sombre car il est autobiographique, c’est un au revoir que je souhaitais réaliser après la perte de mon fils Sasha. Ce texte parle également de tout ce que je n’ai pas eu le temps de dire à des personnes proches disparues depuis.


On enchaîne sur un projet qui doit te tenir à cœur puisque tu y fais quasiment tout, Ophe. Déjà peux-tu nous donner la signification de ce nom ? Et, pareil, la genèse de ce projet ?

La genèse est simple. Imagine toi un gars à Dubaï qui décide d’écrire du black métal et là tu as le décor. Cet album est un exutoire de beaucoup de haine et de rage face au monde actuel et la recherche permanente de nouveauté ou encore d’exclusivité. Je me suis défoulé et ça m’a appris pas mal de choses sur moi et sur ce que je voulais assumer en musique. Ophe est uniquement la fin du prénom christophe qui signifie Porte christ, donc Ophe peut s’approcher de Porter. 

Avec Ophe, on est encore dans une autre dimension, celle d’un black metal avant-gardiste, qui nous renvoie forcément vers des grands comme Blut Aus Nord, Dodheimsgard, Fleurety ou Aevangelist (dont le saxophoniste est sur l’album d’ailleurs). C’est vraiment un univers entier qui s’ouvre à nos oreilles, quelle a été ta principale inspiration pour les textes ?

L’inspiration a d’abord été centrée sur des superpositions de sons et principalement la recherche de sons de guitare diffus et véritablement brouillons. Valery a apporté sur l’album une dimension totalement malsaine qui colle à la perfection. C’est chamanique et bien noir. Certaines personnes se sentent mal à l’aise avec ce disque et c’est pour moi une grande victoire car cela fait ressortir le malaise violent que j’avais en moi à cette période. Les textes sont écrits en vieux français et pas en latin. Je compte les rendre disponibles sous peu sur la page du projet. Certains titres sont chantés uniquement en chiffres par exemple le mot : « Année » va rendre 1 14 14 5 5 et ensuite transposé en latin. Cela a été vraiment par jeu et amusement intellectuel. J’ai mis pas mal de temps pour écrire les textes et faire les recherches pour trouver le vocabulaire approprié. 




Tu cites aussi Anorexia Nervosa, excellent groupe, dans vos influences pour Ophe, tu peux m’en dire plus ?

C’est un groupe qui a forcément inspiré la scène Black métal en France et c’est un groupe que j’affectionne particulièrement. Le rapprochement avec OPHE se retrouve sur  l’arrangement des claviers quand il leur arrive d’être mélodieux.


Tes projets au fond ont des points communs : toi, déjà, mais aussi une équipe que l’on retrouve à la façon d’une famille (Jeff Grimal, Edgar Chevallier) c’est ta conception de la musique ? Un autre point commun, une exigence d’originalité malgré les influences citées, car chers lecteurs, allez écouter ces groupes, vous verrez qu’ils existent pour eux-mêmes ! Qu’en penses-tu ?

J’aime être entouré de personnes positives. Par le passé ce n’était pas toujours le cas et c’est ce qui souvent me faisait partir d’un projet. Avec ce format, j’ai mes repères et surtout je me sens libre de créer car je sais que je ne vais pas être jugé directement. Le fait de se connaître aide à créer une motivation supplémentaire qui donne envie d’avancer. Et pourquoi ne pas bosser avec des amis talentueux, ce serait dommage. Nos influences sont encore une fois un élément de la création de la musique car c’est avant tout une volonté passionnée de créer, le but n’est pas de copier, surtout pas, mais de donner une nouvelle lecture et faire rejaillir ce que d’autres artistes nous ont transmis.

On retrouve du sax dans Omrade et Ophe, je trouve ça fantastique comme rendu. L’idée t’est venue d’où ?

J’ai toujours aimé le saxophone, c’est un instrument qui se marie très bien au métal. L’idée m’est venue car je l’entendais dans mon esprit pour OPHE par contre pour Omrade nous étions deux à y songer très fortement.  Jean Philippe est un grand arrangeur et il aime toujours surprendre avec des idées nouvelles, et le saxo ou trompette sont des instruments qu’il affectionne tout comme moi.

A l’heure où nous parlons je suppose que tu mets la gomme sur la promo de Demande à la poussière. Des concerts prévus ? Peut-on s’attendre à une suite ?
Oui des concerts de prévu. Déjà un d’annoncé le 1er mars avec Decline of I à Nantes. Il y aura un second album je pense, mais rien de planifié encore car on a tous des agendas bien remplis.

Je tiens vraiment à te féliciter car je trouve ces trois groupes fascinants et passionnants à écouter. As-tu encore d’autres projets en tête où vas-tu te focaliser sur ceux-là ? Y’aura-t-il une suite pour Ophe et Omrade ?

Il y a un projet sur lequel on finalise le mixage et les voix avec Edgard Chevallier c’est Seethria, plus orienté post rock et electro. Mais je ne te cache pas que toute notre attention est sur Demande à la Poussière en ce moment. Pour Omrade on pense à un troisième album mais on y va tranquillement car on finalise JP et moi nos autres projets avant de s’y remettre. Pour Ophe, je pense m’y remettre aussi mais je n'ai pas de délais encore.



Une habitude chez le scribe, ton top ten des meilleurs albums (tous styles confondus)

  • Cor serpentii
  • Barius
  • Oiseau tempète
  • Piniol
  • Nature morte
  • Erlen Meyer
  • Gorod
  • Throane
  • Thrice
  • Bloodbath

Une autre habitude : ceci n’est pas une question : exprimes toi librement aux lecteurs sur quelque chose qui te tient à cœur

Libérez-vous de vos chaînes et de vos prérequis car c’est après avoir tout enlevé que l’on peut apercevoir ce que l’on pourra créer de neuf.

Comment vois-tu le metal et la scène française en particulier aujourd’hui ?

Elle est juste dingue cette scène, il y a pleins de bons groupes et il est dur de tous les citer. Non cela fait plaisir de faire partie de cette communauté de personnes qui créent de la musique en France.

Merci Christophe, et bravo pour tout ça ! Bonne route !


Chers lecteurs, restez avec nous car nous allons retrouver DALP, OPHE et OMRADE dans la rubrique : les crocs du scribe !

LES CROCS DU SCRIBE N°4 : DEMANDE A LA POUSSIERE/OMRADE/OPHE