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Sélection

Les Crocs Du Scribe Special Maltkross Label Volume IV - French + English Text - Indus/Noise/Black Metal underground - Le Scribe Du Rock

Ce n'est pas nouveau pour moi que de chroniquer les sorties du label Maltkross puisqu'il s'agit déjà du 4ème Crocs Du Scribe que je réserve au label sans compter les chroniques indépendantes et les interviews de ses groupes. Voici deux ans que je collabore avec le label de Clovis avec grand plaisir. Ce qui est nouveau pour moi dans cet article ce n'est pas le fait d'évoquer de nouvelles compilations du label, mais que je sois présent en tant qu'artiste (Punkosaur) sur le volume 6, réservé aux groupes affiliés à l'industriel, à la Noise et à la musique rituelle. Me retrouver sur la même galette que Melek-Tha ou Drowning Hope, entre autres, est pour moi un grand honneur. Voici donc deux compilations gorgées de groupes 100 % underground et sans compromis. La numéro 5 est quant à elle réservée aux groupes de black metal les plus old school du label. Encore merci Clovis pour ces piqûres de rappel qui nous permettent de ne pas oublier que sous la surface de la ter

LES CROCS DU SCRIBE N°4 DEMANDE A LA POUSSIERE/OMRADE/OPHE


LES CROCS DU SCRIBE N°4 : DEMANDE A LA POUSSIÈRE/OMRADE/OPHE


Si vous êtes allergiques aux superlatifs, il vaudra mieux passer votre chemin. Cette livraison des  "Crocs du Scribe" est un peu particulière dans le sens ou elle présente trois groupes qui ont un dénominateur commun. Et ce dénominateur commun se nomme Christophe "khrys" Denhez. Il est en effet présent dans les trois groupes qui suivent, et quelle présence ! Laissez moi donc vous entraîner dans la salle des tortures de Demande à la Poussière, dans le voyage mystique et aérien d'Omrade et dans la folie avant-gardiste d'Ophe. Attachez vos ceintures avant le décollage, les crocs du scribe c'est parti !

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DEMANDE A LA POUSSIÈRE (ARGONAUTA RECORDS 2018)

Le genre : Blackened Post-Core industriel et beaucoup beaucoup plus

Ma mère ! Madre de Dios quelle gifle ! Et après certains, tristes sires, préfèrent encore aller chercher leur bonheur dans des groupes forcément étrangers alors que nous avons CA en France !

Je ne mes suis pas encore bien remis de l'écoute de ce pavé de noirceur qui convoque tout en un les spectres de Blut Aus Nord, Neurosis, avec une bonne pelletée de Doom et de Sludge pour rendre la  suie du propos encore plus boueuse. Une mélancolie apocalyptique se dégage du disque, qui vous plonge dans des abysses de terreur noire. Basé sur l'univers de John Fante (le livre Demande à la poussière c'est lui) mais d'abord sur les écrits de son fils Dan Fante et du philosophe nihiliste Albert Caraco ayant acté son propre suicide pour être en cohérence avec son oeuvre, les paroles des chansons ici sont extraites de l'oeuvre de ces deux derniers. 
Musicalement tout commence par un bruit de fer rouillé très industriel (des sons indus qui reviennent tout au long du disque par le biais des drones d'Edgar Chevallier, (Ex-Wurm, Gloomy Helium Bath,  fabuleux) et l'on est cueilli dès "l'univers" inaugural par des riffs lourds et douloureux, une batterie qui ne fait pas semblant de cogner son tempo pesant. La voix écorchée ensuite, ce chant de douleur paroxysmique où se mêlent les voix de Christophe Denhez (aussi à l'oeuvre ici à la guitare) et Jeff Grimal (ex-The Great Old Ones, Spectrale, et responsable des magnifiques peintures qui subliment l'album et aussi à la guitare). Christophe Denhez, qui n'est pas non plus un débutant (ex-6:33, ex-Nerv, Omrade, Ophe) il faut dire ! Ils sont ici accompagnés dans ce jardin des supplices digne de Bosch et de Hostel II par Edgar Chevallier, donc, qui nous lamine à coup de drones électroniques tueurs, Jiu Gebenholtz (ex-No Return, excusez du peu) à la basse ronflante et menaçante et enfin Vincent Baglin (Moshi-Moshi) à la batterie écrasante. 

la pochette, superbe, est l'oeuvre de Jeff Grimal

Bon, je vous avais prévenus, ici la dithyrambe est reine ! Et comment faire autrement avec un pavé pareil ? Les morceaux s’enchaînent, et "le lendemain" nous laisse à penser qu'il n'y en aura pas (de lendemain) où alors qu'il ne sera pas joli à voir. La voix black de Jeff et celle plus post-core de Christophe s’enchâssent à merveille pour nous convaincre que la fin du monde est imminente. Le plus fou dans cette affaire étant tout de même que la mélodie reste présente, et, quand elle s'impose au travers de ces arpèges sublimes parfaitement imbriqués dans les nappes savantes de Mr Chevallier vous embarquent dans un monde quasiment paisible (ce qui ne fait que renforcer l'atmosphère étouffante du reste). DALP a choisi de s'exprimer sur des tempi lents, qui donnent plus de poids (c'est le mot) à leur propos et à l'atmosphère profondément sombre du projet. Quand "étranglé" arrive on est d'abord transporté dans un univers post-rock pas si loin d'un Mogwai, et on se dit qu'on va passer un joli moment, bien planant. Mais le côté planant ne dure pas et lorsque les voix reviennent ici utilisées comme un instrument, les guitares se remettent à vociférer pour nous rappeler que, si ici la beauté règne, elle est d'abord vénéneuse. 
La voix orientalisante/gothique qui introduit "l'unique certitude" crée une sublime atmosphère (c'est l'oeuvre de Sab Elvenia de The Fundamental Wisdom of Chaos (groupe de Metal d'avant-garde) qui n'empêche pas que l'on se fasse crucifier par la lourdeur tellurique du morceau. 


Arrive "le parfum des cités perdues" et son riff assassin, toujours aussi oppressant. L'atmosphère est ici franchement post-core et l'on songe aux moments les plus dark de Neurosis. Mais jusqu'où va t'on se rendre ? Vers quel cauchemar ? "Accroché" suit, dans une atmosphère de désespoir total bien souligné par les arpèges dont des larmes de sang semblent couler, et la basse tourne autour, comme un prédateur. On ne va pas se fendre la gueule tout de suite, fans de Gronibard ! Le morceau se découpe en deux parties : la première, instrumentale, mettant en valeur les drones d'Edgar, et la seconde, qui revient nous exploser ce qui nous reste d'illusions à ce stade du disque, étouffante, mortifère, définitive. Pour vous dire, on pense au Monotheist de Celtic Frost !
Le cauchemar continue sur les plus de 6 minutes du plomb de "condamnés" le bien nommé. "Quand l'air nous manquera" dit la voix en intro, et l'air nous manque déjà. Quelle lourdeur ! Quelle noirceur ! la fin du monde arrive, presque comme une délivrance. 
Puis vient la conclusion, "360" qui va nous achever. Le rythme ralentit encore, se faisant franchement Doom, et les hurlements électroniques se mêlent aux samples de voix de manière malsaine et tout à fait dérangeante. Pas de paroles ici, les machines finissent le massacre, l'humanité a disparu. Quel disque ! 

La note du scribe : comment voulez vous que je mette moins que 10/10 ? 

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OMRADE "NADE" (MY KINGDOM MUSIC 2017)

Le genre : Dark Electro Industrial Trip Hop 

Avec Omrade nous changeons totalement de registre en comparaison de ce que peut pratiquer Demande à la Poussière. Pourtant, comme je le disais en introduction, il y a un fort dénominateur commun entre ces projets : la présence de Christophe Denhez. 
Je dois dire que je suis tombé amoureux de ce disque dès la première écoute, notamment pris par la voix mélodieuse et émouvante de Christophe. Il est ici encore en belle compagnie, avec Jean Philippe Ouamer qui s'occupe de l'aspect électronique de cette belle musique. Edgar Chevallier, camarade de chambre dans Demande à la poussière est encore de la partie pour cet album qu'il a produit dans son studio, Lower Tones, et y joue même quelques guitares. 
Pour vous donner un ordre d'idée, Christophe lui-même cite en influences principales du projet Manes et Ulver. Cela peut effectivement aiguiller vers une musique très orientée électro, mais dans laquelle les guitares prennent leur part tout en restant la plupart du temps éloignées du Metal. En résumé, on reconnait ici une musique électro-indus faite par des musiciens habitués au Metal, ce qui lui donne un souffle et une puissance particulières. 
En écoutant "Styrking Leio" par exemple, on sent monter de façon progressive une tension, une émotion, qui se matérialise à la fois par un chant de plus en plus déchiré/déchirant et des guitares qui finissent par s'alourdir. A l'instar de Manes et Ulver, effectivement, seuls des "métalleux" peuvent produire cette musique influencée par bien d'autres mais qui garde cette atmosphère et cette force. ET progressif est aussi un mot qui n'arrive pas par hasard dans cette chronique, cette musique est bien progressive, narrative, voire cinématographique. 

De façon sans doute plus surprenante, à l'écoute de "Malum", premier morceau de l'album, et en entendant le chant de Christophe, j'ai pensé à l'un de nos héros nationaux en matière de Hard Rock/Heavy Metal, j'ai nommé ni plus ni moins que le grand Renaud Hantson. Ici on entend du piano, de la trompette, du violoncelle, une palette musicale riche et belle. Après quoi "XII" déboule, avec ses arpèges de guitare en flanger et l'arrivée d'un saxophone de toute beauté. Alors oui, parfois on peut penser à Manes ou Ulver, parfois même une petite touche de Nine Inch Nails se fait jour, mais c'est d'abord à Omrade qu'on pense, et on pense même moins que ce que l'on ressent, car ici il est avant tout question d’émotion. La mélancolie qui peut gagner par moments n'est pas celle, noire de suie, de Demande à la Poussière, mais une mélancolie plus douce, empreinte de nostalgie. Les mélodies sur cet album sont tout bonnement incroyables, et on ne peut qu'imaginer ce qu'a pu représenter le travail sur un morceau comme "XII" ou "Hannelle", tellement poignant témoignage sur le deuil. Cet album est une aventure dont on savoure la liberté totale (écoutez plutôt "The Same for the Worst" et vous m'en direz des nouvelles). Omrade est musique, une musique débarrassée des convenances stylistiques et c'est pour cela qu'elle est si belle. Encore bravo et, si vous ne connaissez pas ce groupe, ruez vous sur leur bandcamp (tous les liens sont en bas de page) et sur la vidéo juste ci-dessous. A noter que tous les artworks (sublimes) sont ici aussi l'oeuvre de Jeff Grimal.



La Note du Scribe : A votre avis ? 10/10

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OPHE "LITTERAS AD TRISTIA MAESTRUM SOLITUDE" (MY KINGDOM MUSIC 2018)

Le genre : Avant-garde Black Metal

Bon, bon. Ca vous dit de changer encore de style ? Tout en gardant Christophe Denhez, qui ici s'occupe et du chant et des instruments sous son nom de scène Bargnat XVIII, avec un invité de marque, l'incroyable Val Dorr des géniaux Aevangelist au saxophone. Que peut donc donner une telle mixture de Black Metal et de cuivres comme tirés d'un album perdu de John Coltrane ?
Eh bien je ne vais pas vous surprendre : une merveille ! Ici encore Jeff Grimal réalise un magnifique artwork et Edgar Chevallier enregistre tout cela dans son lower tone studio.
Cinq morceaux décapants, décoiffants, comme se doit être toute oeuvre dite d'avant-black ou avant-garde Black Metal. 
Ici Christophe cite des géants de l'avant-black comme Blut Aus Nord, Fleurety, Dodheimsgard (DHG) Aevangelist et Anorexia Nervosa comme influences. 
Après l'inaugural "Somnum Serpentinum" (qui porte tellement bien son nom, tant ses huit minutes et des poussières rappellent la progression d'un reptile en quête de proie, le deuxième titre, incroyable, "Decem Vicibus" nous propulse dans la quatrième dimension, avec le saxophone de Valérie qui brise tous les codes et toutes les lignes, le chant rentré et maugréé de Christophe qui nous laisse imaginer un malade mental échappé de quelque asile d'aliénés. Et puis ces cassures de rythmes, démentes, frôlant souvent le free-jazz. Et l'orgue, qui vient faire comme si tout allait se calmer, comme si la lumière allait triompher, avant que le blast-beat ne vienne nous décapiter !
La pochette de l'album, très belle toile de Jeff Grimal

Et puis "XVIII" débarque sans prévenir, sarabande folle de riffs malaxés, concassés, avec ce faux rythme dans lequel on ne sait quand la batterie va démarrer (peut être jamais, et puis si finalement et puis non). Étouffant, coercitif, ce titre développe une ambiance morbide et schizophrénique qui, bien qu'elle nous perturbe, nous obsède et nous hypnotise tant que l'on ne peut s'y soustraire. Enfermés à jamais dans cette noire beauté. 
Voila donc "Missive Amphibologique d'une Adynamie à la solitude" dont le titre, déroutant, n'est rien face à la musique, comme croisement du King Crimson des années 70, du Bauhaus des années 80, entrés en collision avec une navette de Black Metal du futur transportant Ornette Coleman et Sun-Ra.
Un morceau fou, déstructuré, d'une vénéneuse accoutumance. On sort de ces plus de dix minutes lessivé, écrasé, hébété, mais heureux d'avoir été là. Et si Ophe était au fond un vrai groupe psychédélique ? Ne se sentant pas obligé de reproduire tous les gimmicks de Hawkwind ou du Floyd de Syd Barrett mais résolument tourné vers un avenir lysergique ?
"Cadent" enfin, arrive, avec ses arpèges acoustiques et cette mélodie envoûtante, tristement belle. Le chant clair de Christophe, murmuré, nous susurre à l'oreille.  Et sur cette belle plage de douceur mélancolique que nous quitte Ophe, avec un morceau qui aurait presque pu être sur l'album d'Omrade. Splendide une fois de plus !

La note du Scribe : Ben euh... 10/10 

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Voila chères scribeuses et scribeurs, j'espère que cette chronique vous aura donné envie, si cela n'est pas encore fait, d'aller écouter toute cette musique magnifique. Alors soyez curieux, ouvrez les oreilles car autour de vous, là, pas loin, se cachent des artistes de grand talent...Soyez à l'affût ! Bises 

Pierre Avril, Le Scribe du Rock

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