Les Crocs Du Scribe - Experimental Issue / Spécial Expérimental - reviews - Fr/Eng - MESHUGGAH / DEATHSPELL OMEGA / IMPERIAL TRIUMPHANT

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  Expérimenter ? Etonnant qu'autant de groupes fassent ce noble travail dans un courant que l'on juge si souvent conservateur comme le metal ! Pourtant, si Meshuggah, Deathspell Omega et Imperial triumphant ont bien une chose en commun, c'est cette volonté toujours ancré de ne pas se refaire, de dépasser les limites imposées par des "puristes" à la vue courte. Les pères du Djent Meshuggah, malgré leur longue carrière, n'ont jamais cédé à la facilité, et n'ont pas viré de bord en gardant toujours un côté "progressif" au vrai sens du terme, c'est à dire toujours tourné vers l'avant et pas dans le rétroviseur ! Si Deathspell Omega est une de nos fiertés nationales c'est grâce à leur capacité inouïe à transcender les styles, en partant d'une pâte black metal pour en faire leur propre son, un rock sombre et extrême, aux facettes multiples. Quant à Imperial Triumphant, ils viennent de réussir coup sur coup avec leurs deux derniers album

ARIES /// La découverte Black Metal de cette année ! Interview avec La Hire --- ARIES /// black metal's discovery of the year, interview with La Hire --- french / english text

 

aries interview le scribe du rock


Sept ans...il aura fallu sept ans à Aries pour délivrer au monde son premier album "Le Dernier Sacre"...Un chef d'oeuvre de black metal épique aux compositions élaborées, un disque dont l'écoute nous fait dire qu'ils ont bien fait de prendre leur temps pour aboutir à un tel résultat...La Hire nous parle de la genèse de cette merveille, avec un groupe qui, bien qu'existant depuis 2015, sort ici un premier album qui peut figurer d'ores et déjà dans le top 5 black metal de l'année 2022...

Aries, vous êtes un duo de black metal parisien, pouvez-vous nous raconter votre histoire ?


La Hire : C’est une histoire assez simple. Après avoir été bassiste durant les années 2000 dans un groupe de la région parisienne, j’ai eu envie de me lancer dans un projet plus personnel. Fin 2014, j’ai acheté une guitare, un micro, je me suis mis au chant et à la composition. Voyant que j’aurais besoin d’aide pour la batterie, j’ai contacté mon ami Léandre qui n’avait jamais fait de Black Metal auparavant mais qui avait déjà de l’expérience dans d’autres styles de musique (extrême ou non). Le 1er juillet 2015 sortait notre premier EP D’ombres et de Flammes en autoproduction. Il a attiré l’attention de certains connaisseurs mais il est, tout de même, resté très confidentiel. Je pensais que l’album allait sortir assez rapidement mais le destin en a voulu autrement. Entre 2015 et 2022, le groupe n’a eu aucune actualité mise à part la présence du titre « Viriliter et Sapienter » sur la compilation Antumnos en 2017 (Asgard Hass).

Vous proposez de longs titres épiques...parlez nous de vos thématiques, des sujets que vous abordez ?


La Hire : Aries est un projet très influencé par le romantisme littéraire français du XIXe siècle. Le Black Metal, dans son ensemble, me paraît être un rejeton du romantisme européen ; en particulier dans sa volonté initiale de briser les codes d’un métal plus classique, dans son amour des ruines, dans son individualisme forcené, etc. Pourtant, si l’Histoire de France ou la poésie sont des choses très courantes dans le Black Metal français, rares sont les groupes à évoquer de front cette matrice artistique que constitue notre XIXe siècle. Cela m’a donc semblé intéressant d’aborder cette période aussi bien par des références historiques explicites (« Souvenirs du pays de France » qui est un poème de Chateaubriant, « Le dernier sacre » qui évoque le sacre de Charles X, etc.) que par une approche plus subtile (versification des paroles, thèmes et imageries romantiques, etc.). Aries parle de l’Histoire de France et du christianisme ; les deux étant intimement liés. Mais il n’en parle pas de façon purement descriptive. Il s’agit plutôt d’exalter les sentiments de mélancolie, d’angoisse ou de colère qu’on peut éprouver à contempler un temps qui ne sera plus. Il s’agit aussi, sans doute plus discrètement, de défendre la vertu d’espérance car – aujourd’hui, comme hier – la lumière luit toujours dans les ténèbres.


Le dernier sacre, votre album, est majestueux ! Quel travail un disque pareil représente-t-il ?


La Hire : Merci ! C’est un travail plus important que pour l’EP mais cela n’aurait pas dû mettre sept années. J’ai terminé la composition de l’album en 2016. Comme je voulais que le projet avance vite et que ma vie était bien remplie à l’époque, j’ai demandé à un guitariste dont je tairais le nom de s’occuper de l’enregistrement des guitares et du mixage. Malheureusement, en raison de sa nonchalance, les choses ont trainé plus que de raison alors que mes parties (chant et basse) étaient enregistrées depuis 2017. Je passe les détails mais c’était une situation extrêmement déprimante. Ce n’est qu’en 2021 que j’ai enfin congédié ce personnage après avoir fait la connaissance de Johan (Det Var, ex-Gohrgone) et de son studio, Mannaz Records. Johan s’est alors chargé de l’enregistrement des guitares, du mixage et du mastering en à peine trois mois ! Sans lui, j’aurais peut-être tout abandonné donc Aries lui doit beaucoup.

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Vous arrivez à combiner violence et mélodie dans le même titre...est ce quelque chose que vous avez en tête quand vous composez ?


La Hire : Oui, tout le temps. C’est d’ailleurs ce paradoxe entre beauté de la mélodie et laideur de la production que je trouve fascinant dans le Black Metal. Même si ce n’est pas toujours vrai, mes morceaux sont généralement construits autour de quelques mélodies que j’ai composées sur une guitare sèche ou « clean ». Hormis le tempo, ce n’est que dans un second temps que je songe à la basse et au chant avant de confier la batterie à Léandre avec qui je discute de ma vision. C’est un processus un peu curieux mais qui me convient.


Si Aries était un proverbe ou une citation ?


La Hire : Ce n’est pas une question facile et j’ai de nombreuses idées. En voilà une : « Le monde ne saurait changer de face sans qu'il y ait douleur » (Chateaubriant, De la restauration et la monarchie élective).


Comment êtes-vous rentré en contact avec Epictural Production ?


La Hire : Une fois l’album bouclé, j’ai commencé à démarcher les labels. Epictural a été un des premiers que j’ai contacté car ses différentes productions collaient parfaitement avec notre projet. Toutefois, pour des raisons qui sont les siennes, il ne nous voulait pas le produire seul et a décliné, faute de trouver un autre label avec qui faire cette coproduction. Je me suis alors tourné vers Non Posse Mori Records qui a accepté de produire Le dernier sacre. Plusieurs mois plus tard, catastrophe : le patron du label nous annonce qu’il ferme boutique. Les différents groupes signés sont laissés à Acid Vicious qui devait, me semble-t-il, en assurer la coproduction avec Non Posse Mori. Du jour au lendemain, Acid Vicious se retrouve ainsi avec pas loin de 10 projets à financer seul et il a discuté avec chacun des groupes pour trouver une solution économiquement viable qui permettrait de ne pas trop retarder les sorties. La coproduction s’est imposée dans la plupart des cas avec divers labels français (Percussive spectre, en particulier). Pour Aries, puisque j’avais déjà échangé avec Epictural, nous l’avons recontacté et il a immédiatement accepté.


Des concerts en vue ?


La Hire : Aucun ! La scène est une expérience formidable que j’ai connue avec mon groupe précédent mais cela suppose un investissement – surtout en termes de temps – qu’il m’est aujourd’hui impossible de soutenir. Je le regrette, mais ainsi va la vie.


Un dernier mot ?


La Hire : Un grand merci à toi pour cette première interview depuis la sortie de l’album. J’en profite pour remercier également tous ceux qui ont acheté l’album depuis sa sortie, sur notre bandcamp, via les labels, ou ailleurs ; ce soutien compte énormément pour nous. Les premiers retours ont d’ailleurs été plutôt positifs et cela nous a donné du courage pour que la suite – sous quelle que forme qu’elle soit – ne mette pas sept ans à voir le jour.



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Seven years...it took Aries seven years to deliver to the world their first album "Le Dernier Sacre"...A masterpiece of epic black metal with elaborate compositions, a record which listening to makes us say that they did well to take their time to achieve such a result...La Hire talks to us about the genesis of this marvel, with a band which, although existing since 2015, is releasing here a first album which can already be included in the top 5 black metal of the year 2022...



Aries, you are a black metal duo from Paris, can you tell us your story?


La Hire: It's a pretty simple story. After being a bass player during the 2000s in a band in the Paris area, I felt like starting a more personal project. At the end of 2014, I bought a guitar, a microphone, I started singing and composing. Seeing that I would need help with the drums, I contacted my friend Léandre who had never done Black Metal before but who already had experience in other styles of music (extreme or not). On the 1st of July 2015 our first EP D'ombres et de Flammes was released as a self-production. It attracted the attention of some connoisseurs but it was, nevertheless, very confidential. I thought that the album would be released quite quickly but fate had other plans. Between 2015 and 2022, the band didn't have any news apart from the presence of the track "Viriliter et Sapienter" on the Antumnos compilation in 2017 (Asgard Hass).

You offer long epic tracks...tell us about your themes, the subjects you deal with?


La Hire: Aries is a project very much influenced by 19th century French literary romanticism. Black Metal, as a whole, seems to me to be an offshoot of European romanticism; especially in its initial desire to break the codes of a more classical metal, in its love of ruins, in its rugged individualism, etc. However, if French History or poetry are very common in French Black Metal, few bands evoke head-on this artistic matrix that is our 19th century. It therefore seemed interesting to me to approach this period through explicit historical references ("Souvenirs du pays de France" which is a poem by Chateaubriant, "Le dernier sacre" which evokes the coronation of Charles X, etc.) as well as through a more subtle approach (versification of lyrics, romantic themes and imagery, etc.). Aries talks about French history and Christianity, the two being intimately linked. But he does not talk about them in a purely descriptive way. It is rather a question of exalting the feelings of melancholy, anguish or anger that one can experience when contemplating a time that will no longer be. It is also, perhaps more discreetly, about defending the virtue of hope because - today, as in the past - light always shines in the darkness.


Le Dernier Sacre (The last sacrament), your album, is majestic! What kind of work does a record like this represent?


La Hire: Thank you! It's more work than the EP but it shouldn't have taken seven years. I finished writing the album in 2016. As I wanted the project to move quickly and my life was busy at the time, I asked a guitarist whose name I won't mention to do the guitar recording and mixing. Unfortunately, due to his nonchalance, things dragged on more than they should have while my parts (vocals and bass) were recorded since 2017. I'll skip the details but it was an extremely depressing situation. It wasn't until 2021 that I finally dismissed this character after meeting Johan (Det Var, ex-Gohrgone) and his studio, Mannaz Records. Johan took care of the guitar recording, mixing and mastering in just three months! Without him, I might have given up, so Aries owes him a lot.


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You manage to combine violence and melody in the same track...is this something you have in mind when you compose?


La Hire: Yes, all the time. It's this paradox between beautiful melody and ugly production that I find fascinating in Black Metal. Even if it's not always true, my songs are usually built around a few melodies that I've composed on a dry or clean guitar. Apart from the tempo, it's only in a second step that I think about the bass and the vocals before entrusting the drums to Léandre with whom I discuss my vision. It's a bit of a strange process but it works for me.


If Aries were a saying or a quote?


La Hire: This is not an easy question and I have many ideas. Here's one: "The world cannot change its face without pain" (Chateaubriant, De la restauration et la monarchie élective).


How did you get in touch with Epictural Production?


La Hire: Once the album was finished, I started to approach labels. Epictural was one of the first ones I contacted because their various productions fitted perfectly with our project. However, for his own reasons, he didn't want to produce it alone and declined, as he couldn't find another label to co-produce it with. I then turned to Non Posse Mori Records who agreed to produce Le dernier sacre. Several months later, disaster struck: the label's owner announced that he was closing up shop. The various bands signed were left to Acid Vicious who, it seems to me, was to co-produce them with Non Posse Mori. From one day to the next, Acid Vicious found itself with no less than 10 projects to finance alone and it discussed with each of the bands to find an economically viable solution that would not delay the releases too much. In most cases, co-production was necessary with various French labels (Percussive spectre, in particular). For Aries, since I had already spoken with Epictural, we contacted him again and he immediately agreed.


Any gigs in the pipeline?


La Hire: None! Performing live is a great experience that I had with my previous band but it requires an investment - especially in terms of time - that I can't sustain now. I regret it, but that's the way life is.


Any last words?


La Hire: Many thanks to you for this first interview since the release of the album. I'd also like to thank all those who bought the album since its release, on our bandcamp, via the labels, or elsewhere; this support means a lot to us. The first feedback has been quite positive and it has given us courage so that the follow-up - in whatever form it may take - will not take seven years to see the light of day.





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