Ad Majorem Sathanas Gloriam : interview avec SEKTARISM

Pénétrer l'univers de Sektarism ne s'apparente pas à une quelconque forme de divertissement. Ce groupe, au service d'un plus grand projet ne fait pas que de la musique, mais vous demande de devenir un adepte de sa spiritualité sonore. Ce n'est donc pas ici que l'on peut entrer en infidèle cynique, mais en vrai croyant...Jalons d'un brillant parcours avec une entité sombre et rituelle, indiscernable...Rencontre avec Eklezjas'tik Berzerk, vocaliste et maître de cérémonie de l'occulte assemblage...Pussies go home !

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Bonjour Sektarism, et merci d’avoir accepté de répondre à mes questions. Pour commencer, pouvez-vous nous relater la création du groupe, les influences qui vous ont poussé à l’époque, vos intentions avec cette formation ?

Eklezjas’tik BerZerK à la plume, le groupe s’est créé suite à un échange avec mon frère d’armes Messiatanik Armrek, aux alentours de 2005, cela faisait déjà quelques années que nous travaillions ensemble dans le cadre de Malhkebre, nous nous connaissions déjà plutôt bien artistiquement. Toutefois, la manière conventionnelle de travailler dans un groupe de Metal Extrême nous imposait des limites que nous voulions abolir. Même si le lâcher-prise a toujours fait partie de notre processus créatif, nous voulions allez plus loin. Nous écoutions beaucoup de choses obscures allant du Funeral Doom, à l’Ambient en passant par le Power Electronics et au fur et à mesure de la discussion tout est apparu comme une évidence, il ne fallait pas laisser partir cette envie, il nous fallait l’assouvir dès maintenant. J’ai donc appelé Tenebras pour lui dire « Nous avons un projet est-ce que l’on peut venir ce soir ? ». Et en quelques heures Sektarism était fondé et les premières résonnances se faisaient ressentir dans les méandres des profondeurs de la ville rose, rendant hommage aux hérétiques brûlés jadis sur la place du capitole.

Vous êtes Toulousains et le groupe s’est donc formé en 2005. Comment était la scène de votre région à cette époque ? Et aujourd’hui ?

Sektarism s’est formé sur une fin de cycle en ce qui concerne la scène toulousaine. Celle-ci était très active du milieu des années 90 aux alentours de 2005, il y avait de nombreuses formations, pour la plupart, intéressantes telles que Crozius Arckanum, Nuit Noire, Arkham, Fornication, Besias. Il y avait des petites structures et même des cercle d’artistes et de pensée tels que l’Oniric Circle ou l’I.B.M.L.. Il semblerait que nous ayons construit en partie sur leur cendres et depuis je ne vois pas de relève, en dehors peut-être de Black March que j’ai vu pour la première fois en live récemment. Toutefois cela ne semble pas spécifique à Toulouse. Il existe toujours une scène UG toutefois celle-ci est plus orientée stoner/doom.

Vous êtes souvent classés comme un groupe de Funeral Doom avec des convictions satanistes. Trouvez-vous le label Funeral Doom vraiment adapté (ou suffisant) pour ce que vous faites ? 

Ce label fait partie des fondations de Sektarism, il ne me déplaît pas. Toutefois, il est restrictif, d’ailleurs n’est-ce pas le sens même d’un label ? En ce là, ce label n’est pas inadapté et ne peut être également suffisant. J’ai souvenir que le terme Holy Ritual Doom avait été utilisé lors de la sortie de « Le Son Des Stigmates ». Celui-ci sans être absolu est séduisant.


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copyright Laura Fiori Photography

Vous sortez l’EP L’offrande en 2008. Sur cet EP, effectivement, on peut considérer que vous faisiez du Funeral Doom.  Pouvez-vous revenir sur cet enregistrement particulier et nous dire quelles étaient vos intentions d’alors ?

Cet EP est le fruit de nos premières séances de lâcher-prise. Il comporte toute la naïveté que l’on peut trouver dans les premières œuvres d’un groupe, et de fait il comporte aussi ce qui en fait l’essence la plus pure. La sincérité, la foi, qui nous a donné l’envie et la force de nous lancer dans cette aventure depuis maintenant presque 14 ans. Je n’arrive même pas à le croire en le lisant. Ce EP est aussi le seul enregistrement sans basse et le seul où Crüxverhyn K. est derrière les fûts. Il a forcément une saveur que l’on ne retrouve pas dans les œuvres qui suivent et il fait de celle-ci une œuvre majeure, autant d’un point de vue personnel que pour l’entité qu’est Sektarism.

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L’aspect « ritualiste » de votre œuvre était déjà présent alors, pensez-vous que l’on puisse qualifier la musique de Sektarism comme une musique rituelle, voire religieuse ?

Rituelle c’est certain, spirituelle également, religieuse ? tout est une question d’interprétation, le mot est tellement galvaudé, notamment par les 3 grandes religions monothéistes. Toutefois, pour nous, cela est le cas, c’est une musique religieuse qui est la représentation sonore de notre foi la plus profonde, à quelques différences majeures : la plupart des personnes conçoivent la religion comme quelque chose qui leur donne des limites, les protège, alors que dans le cadre de notre démarche c’est tout l’inverse, celle-ci nous permet de repousser nos limites et nous met parfois en danger.


Vous faites partie du « collectif » les Apôtres de l’Ignominie avec Malhkebre, Malekhamoves et Darvulia. Sur votre manifeste, que l’on peut lire en ligne sur le site www.lesapotresdelignominie.org, vous semblez vouloir évangéliser, convertir les infidèles à votre culte. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur vos intentions ? 

A partir du moment où il y a diffusion de nos messages et de nos œuvres, il y a forcément quelque chose qui se rapproche d’un processus d’évangélisation. Nos intentions sont simples, nous ne pouvons utiliser qu’un seul vecteur artistique pour exprimer tout ce que nous avons en nous. Toutefois, le tout ne forme qu’un, nos valeurs ne change pas d’un groupe à l’autre, notre vision sur le monde est également la même. Les personnes sont les mêmes donc fort de ce constat, il m’a semblé naturel de proposer que nous utilisions un label artistique plus global afin de donner encore plus de cohérence à notre démarche. Pour le reste, nous sommes sur une fin de cycle et l’avenir s’annonce riche et je ne peux m’exprimer plus longuement à cette heure.

Après deux démos, vous publiez votre premier album Le Son des Stigmates en 2012. Trois titres au programme, dont deux approchent ou dépassent les vingt minutes. C’est à partir de cet album que je trouve l’étiquette « funeral doom » des plus restrictives, sachant que l’on a davantage l’impression d’assister à un rituel en direct, ce qui fait d’ailleurs bien frissonner. Cet album est très différent, je trouve, de l’offrande. Pouvez-vous nous en dire plus sur sa création et peut-être nous donner votre point de vue sur cette évolution ?

Sur « Le Son des Stigmates » la démarche reste la même que celle depuis nos premiers mouvements, à savoir le lâcher-prise, l’improvisation, la spontanéité, le tout enregistré en live. Ce qui diffère, c’est que nous avons contrairement à « L’Offrande » un batteur (Shamaanik B.) avec de l’expérience et Crüxverhyn K. qui est passé à la basse. Le lieu d’enregistrement n’est également pas le même.


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Voyez-vous des points de convergence entre les Apôtres et un autre cercle célèbre comme Les Légions Noires ?

Comment dire « non »? cela serait malhonnête, notamment en connaissant Meyn‘ach et Lord Beleth Rim depuis le milieu des années 90. Forcément, j’ai été inspiré et façonné par mon entourage, mes rencontres et mes expériences. Par contre, notre manière de travailler n’est pas exactement la même, nous ne communiquons pas de la même manière. Notre durée de vie n’est pas du tout comparable et notre impact également. Après comme je le dis plus haut, cela est pour moi naturel comme démarche, cela donne du sens et de la cohérence à notre œuvre et notre message. Je n’imagine pas que nous puissions avoir tous ces projets en parallèle les uns des autres sans les regrouper, il manquerait un lien.

Musicalement, on sent dès Le Son des Stigmates une volonté d’improviser, d’expérimenter davantage. Comment procédez-vous ? Vos enregistrements sont-ils le fruit de longues répétitions ou justement « saisissez-vous » des moments d’improvisation lors de rituels ?
 
Tous nos enregistrement et cela depuis les premiers balbutiements sont l’œuvre d’une grande part d’improvisation et d’expérimentations. Le procédé est à la fois simple et complexe. Nous partons de quelques structures de guitares et de quelques écrits, ensuite nous nous recueillons, il doit y avoir une osmose et une alchimie comme pour tout rituel entre les personnes présentes. Cette alchimie peut être chaotique et négative comme nous pouvons le ressentir sur Oderint Dum Metuant, toutefois elle est nécessaire au déroulement de Sektarism. Pour le reste, je ne rentrerais pas plus dans les détails, et cela pour différentes raisons.

En 2015 vous sortez votre split avec Darvulia. Eux proposent une forme assez ultime de Black Metal ambient, avec des passages de Psychédélisme Noir absolument effrayants façon bad trip sous acides qui peuvent nous ramener à un groupe suédois culte, je pense bien sûr à Abruptum. Cette improvisation Blackédélique et Dark Ambient se marrie fort bien avec ce que vous faites dans Sektarism. Pouvez-vous nous parler de ce split et des objectifs que vous vous étiez fixés ?

Darvulia évoquait de participer à un split depuis de nombreuses années, le projet n’avançait pas. De mon côté, lors d’une séance personnelle de création, il m’est venu naturellement l’idée de mettre en lumière les liens entre la maladie, la spiritualité et la sorcellerie. J’ai proposé aux Apôtres ce projet de split avec l’esthétisme déjà bien avancé. L’idée a été retenue et a donné naissance à cette œuvre qui symbolise une fin et un nouveau commencement à bien des égards. Il s’agit certainement de l’œuvre finale de la sorcière et celle-ci marque également l’intégration de Neb Xort dans le processus créatif de notre assemblée sectaire.


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Tous vos membres jouent dans Malhkebre, et certains dans le projet Death Metal des Apôtres, Malekhamoves. Comment se passent les choses ? Est-ce un moyen d’utiliser plusieurs genres d’expression ? 

Les choses sont en fait simples : nous suivons nos envies, nos pulsions, et là où l’éternel nous condamne pour notre plus grand salut nous allons.


Vous avez sorti deux albums en 2017 et 2018. D’abord La Mort de l’infidèle en 2017. Ce premier semble « fusionner » les sonorités Funeral Doom de vos débuts avec le côté davantage ritualiste de la suite. Pouvez-vous nous donner votre point de vue sur cet album ?


Cet album est le fruit d’un très long et douloureux travail. Que cela soit de l’enregistrement à la conception graphique en allant jusqu’à sa production, car il est sorti sur l’un de nos propres labels Zanjeer Zani Productions. D’un point de vue sonorité, il a été conçu lors de la même session que Punition Divine et Fils de Dieu, les clés utilisées sont les mêmes. Je ne peux donc donner un point de vue plus détaillé, cela reviendrait presque à de la malhonnêteté intellectuelle. Toutes nos dernières créations ont été enregistrées en 2013 soit il y a de cela bientôt 6 ans et toutes nos œuvres ont été conçues avec une démarche suivant le même modus operandi. La nuance réside dans les imperfections qui ont jalonné le cheminement jusqu’à la réalisation finale de chaque œuvre, car il est évident que nous avons évolué entre chaque sortie tout comme nos fidèles qui nous suivent depuis nos débuts.


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Fils de Dieu, sorti en 2018 est vraiment impressionnant. Je trouve que vous poussez encore plus loin l’aspect cérémoniel que jamais, pour arriver à un chef d’œuvre inclassable. Comment êtes-vous arrivés à un tel résultat ? Cela ressemble à un aboutissement, non ? 

Cela ressemble à un aboutissement en effet, l’aboutissement de notre première session de création avec Neb Xort. Si le contexte de chaque titre de notre session de 2013 est bel et bien le même que cela soit dans l’espace ou le temps, avec notre modus operandi basé grandement sur le lâcher prise et l’improvisation. La réflexion sur comment les œuvres enregistrées lors de cette session a bien eu lieu. La manière de les dévoiler, de les agencer, les présenter a été le fruit de réflexions collectives. Et c’est certainement ce travail qui fait la différence pour les auditeurs et qui fait penser à un aboutissement. De fait, je considère cela comme une réussite.


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Déjà une idée de la suite ? Si oui, pouvez-vous nous en « lâcher » un petit bout ?

Notre prochaine œuvre s’inscrira dans la continuité avec un renforcement de la pureté et de la démarche. L’extase et la crasse seront toujours là et feront toujours partie de notre lit, par contre nous tendrons à renforcer le sentiment de pureté. Voilà en quoi réside notre ambition pour la suite. 

Pouvez-vous nous citer vos 15 albums préférés de tous les temps, dans tous les styles ?

Pour tout te dire, je ne me suis jamais posé cette question, c’est même en général quelque chose que j’exècre rien que par son concept. Toutefois je vais essayer de te répondre et cette réponse ne me concerne que personnellement, même si les miens devraient tout de même s’y retrouver, alors voici cette liste sans ordre particulier, qui ne correspond pas aux meilleurs albums de tous les temps, mais à des albums qui m’ont marqué, façonné, fasciné et que je continue d’écouter :


  • -      ELEND « Leçon de Ténèbres »
  • -      LED ZEPPELIN « IV »
  • -      MAYHEM « De Mysteriis Dom Sathanas »
  • -      EMPEROR « In The Nightside Eclipse »
  • -      DEATHSPELL OMEGA « Kénose »
  • -      ANTAEUS « C.Y.F.A.W.S. »
  • -      SAMAEL « Ceremony of Opposites »
  • -      METALLICA « And Justice For All »
  • -      SUMMONING « Minas Morgul »
  • -      DIAMANDA GALLAS « Plague Mass »
  • -      MALIGN « Divine Facing »
  • -      PINK FLOYD « Ummagumma »
  • -      OFERMOD « Mysterion Tes Anomias »
  • -      IRON MAIDEN « Live After Death »
  • -      NIRVANA « Bleach »
  • -      WORSHIP/STABAT MATER
  • -      GRUNT « Europe After Storm »
  • -      BLACK SABBATH « Black Sabbath »
  • -      MÜTIILATION « Vampires Of Black Imperial Blood »
  • -      CORRUPTED « Paso Inferior »
  • -      WORSHIP « Last Tape Before Doomsday »

Voilà, je ne sais pas combien cela fait, toutefois c’est ce qui me vient à l’esprit à cette heure.


Si Sektarism était un proverbe ?

René Girard dans La violence et le sacré

D’autres projets dans le cercle des Apôtres ? 

Le prochaine MALHKEBRE « Satanic Resistance » devrait être disponible d’ici quelques jours chez Lamech Records, ainsi que le EP d’OBSCURANTIST. Suite à cela, il nous faut nous recréer pour nous recentrer. L’accouchement sera certainement douloureux, toutefois sans douleur est-ce que l’art peut avoir de la valeur ?

Même si vous n’êtes pas un groupe de Black à proprement parler, pouvez-vous nous donner votre point de vue sur le Black actuel ? Et sur le Funeral Doom aussi tant que nous y sommes ? Des groupes qui vous impressionnent, des découvertes ?

Le Black Metal à l’heure actuelle est devenu un produit de masse sans saveur. Ceci dit, est-ce que quelque chose échappe à cette logique consumériste et capitaliste ? Cela devient rare. Quant au Funeral Doom, je le trouve insipide. Je suis resté bloqué sur Corrupted, Worship et Stabat Mater. Est-ce lié à l’époque ? Est-ce la réalité ? Est-ce l’avis d’un homme blasé ? Il me reste encore des chemins à explorer, toutefois ceux que j’ai empruntés il y a longtemps ont été souillés ou détruits, les nouveaux qui s’ouvrent devant moi, je les trouve tièdes ou corrompus. La seule chose positive dans cet état, est que cela puisse alimenter mon envie de continuer. Cela donne du sens à ce que je fais artistiquement et spirituellement. Il n’y a plus d’éclaireurs pour m’ouvrir le chemin, c’est désormais à moi, à nous, de créer notre chemin, c’est une chance et il ne faut pas sombrer dans la nostalgie, au contraire c’est notre devoir de continuer le combat et de reprendre le flambeau de ceux qui ont cru en nous. 

Page blanche : cet espace est libre et vous pouvez y dire exactement ce que vous voulez ? 

Merci pour ton soutien et pour le fait de nous permettre de nous exprimer librement.
A.M.S.G.




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