Nouvelle Interview - MASCHARAT : Un Black Metal occulte venu d'Italie...et de France ! - Remparts Productions - Le Scribe Du Rock - Pierre Avril


 

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Silentium est aureum

Bonjour Mascharat ! Vous êtes un groupe franco-italien de Black metal porté sur la littérature et l'occultisme. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur vous ?


Salut Pierre ! Merci beaucoup pour l'intérêt que vous consacrez à notre projet.

Mascharat nait à Milan en 2010. L'idée de départ était de créer un groupe de black metal inspiré aux masques, et plus particulièrement aux masques de la tradition italienne (vénitienne, mais pas seulement) et au le carnaval. Le masque, avec son histoire et sa symbolique, nous a toujours fascinés non seulement en tant qu’objet, mais plus précisément par sa valeur symbole et rituelle, en rapport avec des thématiques que nous essayons d'évoquer dans nos projets, dont notamment l'occultisme (littéralement l’étude des choses « cachées »), la religion et la philosophie.

Au-delà de nos goûts musicaux personnels, le black metal nous a semblé être la solution idéale pour l'atmosphère que nous voulions créer, grâce notamment à son impact et à son caractère évocateur, sombre et suggestif voire même rituel. Le masque, d’ailleurs, possède une force destructrice intrinsèque, avec ses ambivalences et son caractère énigmatique, qui s'accorde bien avec ces sonorités, ou du moins avec notre façon de jouer et d'interpréter le black metal.


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Vous vous intéressez aussi à la thématique des masques et du carnaval. Comment vous est venu l'intérêt pour ces thématiques ?


Notre groupe est né précisément grâce au charme des masques (principalement ceux de Venise, auxquels nous avons consacré notre premier album, Mascharat) et à la signification originelle qu’ils revêtent dans la tradition du carnaval. Malgré ses couleurs vives ou ses décorations baroques, le masque n’est pas seulement un objet décoratif. En cachant le visage (les apparences) il permet à ce qui est habituellement caché (l’instinct, la nature humaine dans ses manifestations les plus sauvages) d’affleurer à la surface à l’abri de l’anonymat que cet objet garantit.

En ce sens, le masque est un emblème de la partie la plus violente de l’être humain, une clé pour l’émancipation (même si éphémère) des règles de la société ou de la morale de la religion. Le carnaval, tout comme les fêtes préchrétiennes dont il tire son origine, a toujours été une période de transition, pendant laquelle toute convention pouvait être invalidée, ridiculisée ou renversée.

C’est exactement ce principe de subversion qui nous inspire à propos du masque et du carnaval : une célébration chaotique et destructrice qui se développe au sein d’un système moral très rigide comme celui de la religion catholique. Violence, liturgie, théâtralité…ce sont des concepts qui nous semblent bien resonner dans la musique extrême (et plus spécialement dans le black metal), bien qu’ils se présentent sous des formes différentes.


Pouvez-vous revenir sur l'origine du nom « Mascharat » ?


C'est l'une des origines possibles du mot italien « maschera » (« masque » en français), la combinaison sonore « ch » se prononçant « k » en italien. Dans la langue arabe ce mot signifie « plaisanterie », « farce » et il est souvent employé pour décrire une situation grotesque et immorale.

En réalité, cependant, il s’agit juste d’une hypothèse, car l’étymologie du mot est actuellement obscure.

Une autre origine possible serait le latin « màsca », qui en italien a donné la naissance à différentes expressions en argots, dont « sorcière », « fantôme » et « personne portant un masque ». Au-delà du sens, ce mot garde un charme tout particulier à nos oreilles aussi bien par sa sonorité que par son obscurité.


Vous abordez aussi la question alchimique de la transmutation du métal en or. Un thème très connu des sciences occultes. Là aussi, comment et pourquoi cet intérêt ?


Les études sur l'occulte et les œuvres littéraires qui traitent de ces thèmes nous ont toujours fascinés, notamment par leurs implications philosophiques, religieuses et psychologiques concernant la recherche d'une connaissance ou d'une réalité au-delà de la sphère de l’humain. Ces thèmes sont également présents dans notre premier album, bien que de manière apparemment moins explicite.

Dans le cas d’Ars Aurea Mortis, nous avons voulu aborder la question de l’alchimie, surtout à la lumière de sa dimension plus ésotérique. En effet, selon la philosophie hermétique, la transmutation du métal vil en or est une métaphore du perfectionnement de soi. Ce qui nous intéressait c'était donc précisément l’idée de transformation au sens large : transformation de la matière, transformation de l'esprit, transformation (entendue comme déguisement) liée au symbole du masque (dont notre groupe tire son identité).

Les différentes phases du processus alchimique (Nigredo, Albedo, Citrinitas et Rubedo) que nous avons interprétées dans leurs double acception, physique et spirituelle, à travers notre musique doivent donc être comprises comme une sorte de voyage initiatique et une quête de tout ce qui se trouve « au-delà » de la matière, au-delà de la nature humaine et au-delà des apparences. L’or, en ce sens, n’est pas le but ; au contraire, la quête de la connaissance à travers la morale chrétienne (à laquelle l’alchimie est rattachée dans les textes médiévaux) se traduit en réalité par un échec (tout comme le toucher de Midas qui mènera le roi à mourir de faim).

La vérité cachée doit être découverte en allant « au-delà », comme le suggèrent aussi les vers récités par le Masque (et enregistrés à l'aide d'un véritable masque vénitien, la Bauta) dans chacune des morceaux qui composent l'album.



Musicalement vous jouez un black metal épique et maximaliste, loin du raw black. Quelles influences ont fait de vous ce que vous êtes ?


Tout ce que nous écoutons influence notre style personnel, mais il y a aussi le style que nous attribuons à Mascharat en tant que groupe. Nos influences personnelles proviennent principalement des groupes de black metal de la deuxième vague (Satyricon, Gorgoroth, Emperor…), mais elles s’étendent également à d’autres genres de musique. En ce qui concerne la sélection que nous effectuons lorsque nous composons, nous pouvons dire que ce qui compte vraiment pour nous, c’est que le son et les paroles s’entremêlent de manière cohérente afin d’évoquer les atmosphères que nous voulons transmettre. Dans ce sens, nous n’aimons pas trop nous cantonner à des étiquettes ou à des codes stylistiques préétablis. Le black metal est pour nous un outil, et nous voulons toujours l’utiliser de manière consciente et non automatique pour atteindre nos objectifs et forger notre propre musique, afin que le son et le concept ne fassent plus qu’un.


Vous avez sorti votre nouvel album « Ars Aurea Mortis » chez le label français Remparts Productions. Comment s'est faite cette rencontre et comment est-elle devenue une collaboration ?


Nous avons découvert Remparts Productions un peu par hasard, alors que nous étions à la recherche d’un label. Bien que fortuite, cette rencontre a été tout à fait heureuse, car nous avons trouvé en Anne une personne passionnée et motivée par la promotion du black metal underground. Elle nous a vraiment aidé spécialement sur le plan promotionnel qui n’est pas vraiment notre tasse de thé…


L'aspect visuel de votre album est très soigné. Que représente pour vous cette dimension visuelle ?


L’aspect esthétique et visuel est pour nous tout aussi important que l’aspect musical, car l’esthétique, le concept et la musique sont indissociables. Nous tenions donc à ce que la pochette et le livret (réalisés avec l’aide précieuse de Gozer Visions) contiennent de nombreuses références symboliques qui complètent la compréhension de l’album et à la signification des différents morceaux. L’utilisation des couleurs, ainsi que le choix des sujets de la pochette, renvoient notamment à l’alchimie et au cadre dans lequel se déroule le récit ésotérique contenu dans l’album.

Une grande importance a été aussi attribué au livret, que nous avons dessiné en nous inspirant aux traités d’alchimie du Moyen-âge. Si vous regardez-bien, chaque morceau correspond è un sceau illustré selon le modèle de la littérature ésotérique et plus précisément de la goétie.

Malgré des moyens plutôt limités, nous sommes satisfaits du résultat.


Quel regard portez-vous sur le black metal aujourd'hui ? S'agit-il selon vous d'une bonne ou d'une mauvaise période pour le metal noir ?


Nous assistons actuellement à un changement radical dans la manière de concevoir et d'apprécier la musique, principalement dû au streaming et à l'accès immédiat à toute sorte de musique. Cela a des conséquences à la fois positives et négatives sur un genre de niche comme le black metal : si, d’un côté, cela rend le genre plus répandu et, à certains égards, plus accessible, de l’autre, il y a néanmoins le risque de sa commercialisation, comme cela s’est également produit pour le metal classique, le punk et d’autres genres encore. Il en résulte donc une surproduction de groupes (dont beaucoup ont peu à dire) et la création d’un océan de publications dans lequel il est difficile de se démarquer et d’attirer l’attention.

Le black metal a certes perdu une partie de sa charge subversive et de son énergie innovante qu’il avait dans le passé, mais il reste une forme d’art et un moyen d’expression unique dans lequel beaucoup se reconnaissent. Si l’on joue avec le cœur, nous pensons qu’il est encore possible de produire des œuvres intéressantes et de grande profondeur.


Des coups de cœur récents en musique, littérature, cinéma ?


Un coup de foudre littéraire (même s’il remonte à longtemps) que nous aimons évoquer, car il est étroitement lié à notre nouvel album, est Le roi au masque d’or de Marcel Schwob. La structure et l’atmosphère de cette nouvelle nous ont énormément inspirés, tout comme Le Masque de la mort rouge d’Edgar Allan Poe et le roman L’Ange à la fenêtre d’occident de l’écrivain autrichien Gustav Meyrink.

Tandis que sur le plan de la peinture, une rencontre curieuse nous a récemment amenés à découvrir certaines illustrations de Jacques Callot (un graveur français au tournant du XVIe siècle) sur le thème des masques et du carnaval, à travers des lectures sur E.T.A. Hoffmann. Il n’est pas exclu qu’elles finiront par influencer nos prochaines compositions…lorsque nous composons, nous aimons beaucoup nous laisser inspirer par les images.


Si Mascharat devait être un proverbe ou une citation ?


Silentium est aureum.


Je vous laisse le soin de terminer cette interview par le message que vous souhaitez faire passer à nos lecteurs :


Merci beaucoup à Pierre pour cette interview et pour son soutien, à Anne de Remparts Productions, ainsi que à tous/toutes les lecteurs/lectrices de Le Scribe du Rock. Cela a été un véritable plaisir de partager avec vous nos idées et nos réflexions et nous espérons vivement que cette interview donnera envie de creuser et d’approfondir notre musique spécialement à ceux qui encore nous connaissent pas. À ces derniers, ainsi qu’à vous tous, nous vous souhaitons donc une bonne écoute et continuez à alimenter la flamme noire !


MASCHARAT SUR LE BANDCAMP DE REMPARTS PRODUCTIONS




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