BLACK METAL DÉCOUVERTE : INTERVIEW AVEC SUPPLICES



BLACK METAL FRANÇAIS DÉCOUVERTE : INTERVIEW AVEC SUPPLICES
(SVART SUPPLICES)







Bonjour Supplices, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ? D’où venez-vous ?

Bonjour à toi cher scribe. Nous faisons du Black Metal. Peu importe la branche qui nous qualifie exactement, ce sont juste des étiquettes pour caser notre musique pour pas croire qu'elle sorte de nulle part. Dans tous les cas, nous faisons ce qui nous plaît, de la composition la plus ambiante à des morceaux plus brutaux. Quelques fois les deux en un morceau.
Nous sommes 6 et venons principalement de la région Occitanie. On a formé officiellement Supplices à Perpignan. Toutefois tout le monde vient d'un peu partout : je suis moi-même, guitariste rythmique, de Perpignan tout comme Jääsade, guitariste soliste ; notre batteur Omega se situe dans la région toulousaine comme notre bassiste Ulfberht ; Yersinius de la région montpelliéraine et Nosos habite maintenant la région PACA.


Vos influences musicales ?

Elles sont riches dans Supplices car tout le monde se complète. A titre personnelle je puise mon inspiration à travers Forteresse, Tenebrosus, les débuts de Burzum et Darkthrone, MGLA, Dark Funeral, Monarque, Nargaroth, Taake et Batushka. Un petit peu de Behemoth éventuellement. C'est globalement les mêmes influences pour les autres membres à quelques groupes près.
Récemment, on expérimente dans nos nouvelles compositions quelque chose de nouveau, une structure telle que l'on pourrait trouver dans le Metal Progressif ... je n'en dirai pas plus pour l'instant.

Et littéraires ?

La Bible (rires). Nosos s'intéresse particulièrement à « La Divine Comédie » de Dante.

Vous décrivez vous-mêmes votre musique comme Black Metal/ambient. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Comme dit plus haut, c'est juste pour poser une étiquette. Notre musique varie entre passages ambiants et brique dans la bouche .
Au niveau instrumental, les passages à but « atmosphérique » dans nos morceaux appuient un sentiment généralement mélancolique que l'on souhaite transmettre (par exemple apocalyptique par le thème de la peste et du désespoir). Le but de nos compositions est comme si tu avais tous les instruments qui forment une atmosphère bien compacte et qu'en léger fond une légère mélodie (ou quelque chose de subtile) s'en dégage progressivement et complète le ton donné. On veut poser une bulle, une autre dimension au monde un court instant (un peu comme l'excellent album Lost and Forgotten du groupe polonais Tenebrosus que je trouve vraiment très immersif).
Au niveau textuel on pose un côté poétique et thématique à chaque morceau lui permettant de s'imprégner d'une ambiance propre. Le morceau devient donc une histoire à lui seul. Des fois, on rompt avec des paroles beaucoup plus explicite pour rappeler le terre à terre de cette dimension (comme notre morceau Corbeaux Vers Charniers).

J’ai réalisé une chronique de votre démo en Décembre dans les Crocs du Scribe. Comme je le disais, votre musique dégage une ambiance moyenâgeuse, parfois monastique, tout en s’appuyant sur un Black Metal très cru, notamment ce chant écorché particulièrement réussi. Quelle synthèse avez-vous voulu faire ?


Merci encore pour ta chronique de notre démo, pour être franc on ne s'attendait pas forcément à un grand retour positif vu qu'il s'agit d'une simple démo avec un panel grossi. Content d'apprendre qu'elle t'ait été convaincante.


 En réalité, il y a deux chanteurs avec des techniques propres à eux. Nosos alterne entre chant scream agonisant et suraiguë hurlant de douleur comme sur le morceau "Âme Impie" par exemple, C'est l'essence torturée de Supplices. Tandis que Yersinius incarne l'essence maléfique née de sa souffrance qui est plus explicite. Toute la noirceur de cette essence en ressort avec son scream et son growl mais surtout.. dans son intention quand il chante.


On a voulu retransmettre en musique l'ambiance oppressante des conditions de vies des paysans à l'époque médiévale, mais aussi une ambiance lugubre voire malsaine à travers essentiellement les ravages de la peste noire avec la souffrance de cette dernière ou encore tout simplement liée aux conditions de vie d'antan. Les adjectifs que tu utilises comme « monastique » ou encore « moyenâgeuse » nous prouvent la réussite de la transmission de notre message dans nos morceaux.

le morceau « Âme Impie » est assez incroyable, aussi bien textuellement que musicalement. Comment vous est venue l’inspiration pour ce dernier ?


C'était le tout premier morceau de Supplices. Avant même d'avoir trouvé un nom à ce dernier, il s'est composé en Espagne dans un garage que possédait Nosos. On a mixé deux riffs qu'on avait inventé chacun de notre côté en même temps et ça a donné la rythmique et la structure globale du morceau. Vu que Nosos était le batteur originel, il a aussi fait les différentes phases de la batterie. J'ai réarrangé Âme Impie lorsqu'on a concrétisé la formation (Nosos étant passé au chant guttural/clair avec son bouzouki irlandais) il y a un an tout pile déjà. Ca a permis d'ajouter les accords ambiants (arpèges) et de restructurer un peu le morceau (comme avec le passage un demi ton plus aiguë sur la fin).


En ce qui concerne les paroles, on vient de régions fortement chargées historiquement. On est pas loin de monastères qui sont sublimes ( "Sant Pere de Rodes" notamment au sud de la frontière française). Les paroles ont été composées par Nosos et sa compagne en pensant à ces trésors cachés, mais en y ajoutant une histoire qui parle de problèmes sociaux, d'obscurantisme, de pactes avec le diable etc. Dans « Alogie Funèbre » qui sortira sous peu, il a particulièrement mis l'accent sur un titre que je peux déjà te nommer : « Douce Amie ».


Au final, Nosos et moi nous accordons à dire que le morceau « Âme Impie » a donné lieu à Supplices en lui-même.






Peux-tu nous parler des membres du groupe ? Leur parcours ?


Yersinius a déjà écumé les scènes avec seulement des feat, c'est sa réelle première formation. Ulfberht a déjà eu quelques formations en perspectives, mais c'est aussi son véritable premier groupe. Omega a un groupe de Death Prog du nom de « Guillotine » qu'il dirige dans la région toulousaine toujours derrière les fûts. Je connais bien Jääsade, on a eu ensemble une période où on jouait ensemble dans le groupe perpignanais Black Death Metal « Surtur Knights » avec Nosos. D'ailleurs, Nosos a déjà eu plusieurs groupes et est actuellement dans un groupe de Glam Metal « Jungle Beast ». Personnellement, j'ai débuté par un groupe de reprise rock à mes 15 ans. J'ai ensuite enchainé sur un projet solo de Black Pagan « Molnezar » où j'ai sorti une démo (que je ne souhaite pas déterrer). J'ai été dans le groupe de Black Death que j'ai dit plus haut et pendant 2 ans j'ai joué dans un groupe nîmois de Death Pagan « Eclypse ». J'ai souvent élaboré des projets avec Nosos, mais la plupart d'entre eux n'ont jamais vraiment aboutis ou ont été des échecs. 
Seul Supplices commence à se démarquer vraiment. Comme tous les membres se connaissaient déjà plus ou moins, le travail et le sérieux ne sont pas des difficultés. Il y a donc une partie de la formation de Supplices qui est le résultat de formations qui n'ont jamais abouties.


SUPPLICES BLACK METAL DE FRANCE


Vous citez Forteresse ou Monarque, célèbres ressortissants du Metal Noir Québecois, parmi vos influences. Est-ce en lien avec eux que vous avez choisi la langue française pour vous exprimer ou pour d’autres raisons ?


C'est ce qui se démarque le plus mais ce n'est pas ce qui est pas forcément partagé par tous. Comme dit plus haut, on généralise avec les groupes cités pour notre musique. Ce sont les groupes qui sont ressortis le plus on va dire. Pour ce qui est de l'influence personnelle, chacun a les siennes et elles sont variées (du rap pour certains en passant par du Metal Prog jusqu'au Black Metal bien crade).
Toutefois, ce n'est pas par l'inspiration d'autres groupes quels qu'ils soient qu'on a décidé de faire du Black Metal français. On est français, on fait du français. On ne se prend pas la tête. C'est aussi ça pour moi l'authenticité. Comme le Black Metal se veut être authentique, autant jouer le jeu jusqu'au bout.

Pour rester là-dessus, je suis personnellement très heureux que de plus en plus de groupes de BM français s’expriment dans la langue de Molière, qui est si belle et s’adapte si bien à l’art noir. Peux-tu m’en dire plus sur ce choix, votre rapport à la langue ?

Avec Nosos (encore une fois, mais c'est ma vraie femme avec qui je partage ma vie (rire)) on pense que tout est dans la crédibilité musicale. Quand on voit des groupes français qui se la jouent vikings alors qu'ils viennent du Poitou Charente et qui en plus vont te faire des textes blindés de fautes dans la langue de l'oncle Sam, eh bien ça nous déprime. Quand on dit "Black Metal en français" il y'a un truc qu'on attend, c'est que la culture soit au rendez-vous. Yersinius approuve aussi cette réflexion parce qu'il est tout aussi enthousiaste à l'idée d'utiliser la langue de molière du fait de son éducation personnelle d'une part, puis part la richesse de la langue d'autre part. C'est pour ça que d'ailleurs on fait pas du Metal de la ville. Nos textes te rappellent des bouseux du moyen âge, c'est du Metal de nos campagnes, pas une mascarade blindée d'appropriation culturelle. C'est encore une fois, un rapport à l'authenticité.

Au niveau du chant Supplices déploie un spectre vraiment riche. Est-ce dû a beaucoup de travail, même si je sais que Nosos fait les voix claires et Yersinius les voix « black »? Comment avez-vous réalisé cette combinaison ?

Tout d'abord, ils se partagent la tâche. On n'a pas vraiment de chanteur principal ni de chanteur secondaire. Yersinius et Nosos forment une entité à eux deux. Le fait d'avoir deux voix est très intéressant car ça laisse libre court à, comme tu l'as énoncé, un large spectre de choix possible dans les interprétations. Plus globalement, Yersinius se conforte dans le grunt et le scream croassant alors que Nosos se retrouve dans le scream pur et dur et quelque fois dans le chant clair. Par ailleurs, cet effet de suraiguë dont tu parles était complètement involontaire à la base. Pendant nos prises sons (ça s'entend lors du premier suraiguë de Âme Impie) la voix de Nosos a complètement déraillé. Bizarrement, ça ne faisait pas de fausse note... et ça renforçait même l'intention. On a donc décidé de garder ce scream un peu gueulard qui me rappelle les voix du DSBM, et à plus large échelle les premiers chants de Burzum. On sent qu'il y met ses tripes et ça plaît à tous.





SUPPLICES ALOGIE FUNEBRE PREMIER ALBUM



Vous travaillez sur un premier album. A quoi peut on s’attendre ?


Nous enregistrons avec Roman Regnauld (coucou kéké), un élève de l'école de L'Idem Creative Arts School – France qui a accepté très gentiment de nous prêter les studios le temps de nos prises sons. Nous les remercions donc beaucoup.
Pour ce qui est de « Alogie Funèbre », il s'agira d'une certaine continuité musicale de la première démo … mais en beaucoup plus aboutie tant au niveau textuel que dans la composition. Nous resterons fidèles à la langue utilisée et à l'orientation musicale du groupe. Les titres seront classés de sorte à établir une certaine chronologie. Ça ne veut pas forcément dire que les paroles iront de paire entre différente musique, mais l’interprétation de ces dernières (ou juste les titres en fait) peuvent l'être. Pour la production, on espère forcément quelque chose de mieux que la démo, propre.. mais pas forcément dans le lissage américain si tu vois ce que je veux dire.
Une question qui nous revient souvent c'est « Pourquoi Alogie Funèbre ? ». Beaucoup d'interprétations peuvent être possible pour le choix du nom de l'album. J'ai eu cette idée parce que j'ai lu des articles sur plusieurs sujets liés à l'alogie (qui est la difficulté de synchronisation de la pensée et de son expression... un peu comme quand tu as bu trop de bière). Les excès de l'être humains sont intéressants et recèlent beaucoup de messages de fond cachés par une grosse devanture. Traiter ce sujet là me plaisait bien.
Cette difficulté d'expression pourrait donc mener dans le cas le plus extrême par exemple à la folie quand il s'agit d'une pathologie. Par exemple, que ça soit par lésions physiques ou autre motif psychologique. L'alogie ça peut vouloir dire tout ça en même temps, donc oui même quand tu es bourré tu peux faire de l'alogie et quand tu sais qu'à l'époque (et pas que dans le passé d'ailleurs) ça y allait sec dans la bibine et la vinasse... mais quand t'es bourré ça ne veut pas forcément dire que t'as un soucis dans la tête hein (quoique...) !
Le mot « Funèbre » exprime des conséquences de cette dernière dans le pire des cas. C'est l'accomplissement funeste de cette décadence de la personne. Ça peut être par exemple le suicide par le fait de ne pas avoir été compris ou pire... de ne plus être considéré et compris.




Une date de sortie plus ou moins précise ?

Pour être tout à fait honnête, on avait prévu la sortie avant le printemps. Chose qui sera certainement tenue. Tout sera dit en temps et en heure sur les réseaux sociaux.

Des concerts en vue ?


Toulouse, le 9 Mars à l'Usine à Musique. On partagera la scène avec Varkodya, Lecks Inc. et Supremacy. Le concert débutera à 19h.
Nous avons fait beaucoup de demandes, nous sommes encore dans l’expectative. On essaye de s'organiser avec les salles et les groupes, on annoncera tout progressivement sur les réseaux sociaux.




Tes 15 albums favoris de tous les temps dans tous les genres possibles (tu peux demander aussi la même chose aux autres membres du groupe).


Je sais pas si je vais donner un nombre précis mais pour ma part (je fais pas de classement) : Burzum (album 1993 avec Aske, Hvis Lyset tar oss), Tenebrosus (Lost and Forgotten), Ulver (Shadow of the Sun), Nortt (Galgenfrist), Dark Funeral (Where the Shadows Forever Reigns), Behemoth (I Loved You at your Darkest, Evangelion), Ultra Vomit (Panzer Surprise... beh quoi?), Satanic Warmaster (Carelian Satanist Madness), Satyricon (Dark Medieval Times, Nemesis Divina), Nargaroth (Jahreszeiten), Forteresse (Thèmes pour la rébellion), Sabaton (Carolus Rex swedish version), mgla (With Hearts Towards None), Cradle Of Filth (The Principle of Evil Made Flesh, Godspeed on Devil Thunder), Dimmu Borgir (In Sorte Diaboli, Eonian), Cannibal Corpse (Torture, Kill), Benighted (Identisick, Carnivore Sublime), Dying Fetus (Reign Supreme, The Wrong one to Fuck With), Beyond Creation (The Aura, Earthborn Evolution), Rings of Saturn (Ulta Ulla, Dingir)... oups j'me suis un peu emporté.


Pour Omega, on déjà compte toute la discographie de Opeth donc compte déjà leurs 12 albums, en particulier My Arms Your Hearse qui est un concept album excellent, avec des sonorités Black et une ambiance vraiment propre, mélancolique et poétique. L'album Wrath de Lamb of God, Lullabies For The Dormant Mind de The Agonist et pleins d'autres.


Pour Yersinius : Thèmes pour la rebellion de Forteresse, The Cult is alive et F.O.A.D. de Darkthrone, Phoenix Rising de Deströyer 666, Absence Of War Doesn't Peace de Impaled Nazarene et l'album éponyme de Nifelheim.


Pour Jääsade : Hypno5e – Shore Of The Abstract Line, W.A.SP – The Chrimson Idol, Bathory – Nordland , Enslaved – Frost, Swallow The Sun – Song From The Nord , Hypno5e – Abla : les Ombres Errantes, Cult Of Luna – Somewhere Along The Highway , Black Sabbath – Vol 4 , Sleep – Doopsmoker , Regarde les Hommes Tomber – Exil , Enslaved – Eld , Opeth – Blackwater Park , Meshuggah – Koloss , Windir – Arntor , In Flames - The Jasper Race ( cette liste est susceptible de changer toutes les 15 min donc bon , sauf pour les 5 premiers albums)


Pour Ulfberht : Behemoth - I Loved You At The Darkness, Behemoth - The Satanist, Satyricon – Volcano, Satyricon - The Age Of Nero, Satyricon - Deep Calleth Upon Deep, Manegarm – Manegarm, Manegarm - Legions Of The North, Powerwolf - The Sacrament Of Sin, Ghost - Opus Eponymous et pleins de pistes d'albums divers.

Tes auteurs favoris ?


Je dois avouer ne pas être un grand lecteur ou alors ce sont plutôt des ouvrages occasionnels que je lis. C'est plutôt des trucs à droite et à gauche mais surtout des encyclopédies. Par contre j'aime beaucoup les romans de Alexandre Dumas. Yersinius puise son bonheur dans Baudelaire, Edgar Allan Poe et Degüellus des éditions "Trash". Jääsade carbure au Stephen King et puisqu'on parle de livre, pour les amateurs de Thrash et de death français, il vous conseille le très bon livre "Enjoy the Violence : une histoire orale de la scène Thrash/Death en France" (que je vais moi même m'empresser de lire...).

Ceci est un espace libre et vierge : dis ce que tu veux est la loi !


Un grand merci aux excellents « Kainsmal » de nous avoir mentionné dans leur interview sur ton même magazine (il faut que toi, oui toi mon ami le lecteur, tu ailles écouter ça ! Ça tabasse!). Je fais une mention spéciale au groupe de Post Black « Seules les Mortes » qui ont fait notre première partie et où on a tous été très surprise de la qualité de leur travail. Un merci aussi à « Lecks Inc » pour nous avoir programmé sur la date de Toulouse. Et merci à toi surtout d'avoir chroniqué notre démo et de nous suivre d'aussi près.


Nous terminerons sur les sages paroles d'Omega : « Tant qu'elle est vierge ça me va, après qu'elle soit libre ou non... ».






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