Black/Death Metal Phénomènes : interview avec COR SERPENTII (Frédéric & Nicolas)

Bien que nouveau groupe, Cor Serpentii et son Black/Death Metal puissant et racé, avec des accents progressifs, est composé d'anciens membres du groupe de Brutal Death Insain et du groupe de Black Metal atmosphérique Orakle, deux combos ayant marqué les esprits dans leurs "niches" respectives. 
Cor Serpentii nous vient donc avec un album impressionnant, véritable détonation dans le paysage sonore extrême français. Il vous suffit de relire ma chronique pour savoir a quel point j'ai apprécié leur oeuvre (https://www.webzinelescribedurock.com/2018/10/numero-2-salut-les-scribeuses-lheure.html) avec un petit 9/10 à la clef, et la dixième place sur mon Top 20 2018 ! Bref, j'en ai assez dit, place aux musiciens ! Pierre Avril, le Scribe du Rock


Interview COR SERPENTII (Frédéric G., chanteur / Nicolas B., guitariste & compositeur)

"Dreaming of visions that aren’t mine 
Perceiving sensations that can’t be felt 
Memory loss from this life 
Remembering scenes unknown" (Phenomankind)"

cor serpentii phenomankind black metal death metal

QUAND BLACK METAL ET DEATH METAL CONVERGENT

Bonjour Frédéric, peux-tu nous donner ici la genèse de Cor Serpentii, et, par extension, de Phenomankind, votre album ?

Frédéric : COR SERPENTII a germé dans l’esprit de Nicolas, ancien guitariste du groupe de Brutal Death INSAIN. Après le split de ce dernier, fin 2014 je crois, il a souhaité donner forme à ses propres idées, envies, qui s’orientaient vers un black/death protéiforme, toujours très incisif mais disons… plus expérimental. Il a assez rapidement composé tous les titres que l’on retrouve sur « Phenomankind », rejoint par deux autres ex-INSAIN : Benoît à la basse et une grosse partie des textes, et Jonathan à la batterie (lequel n’a pas pu poursuivre l’aventure, pour des raisons de temps et de santé, mais qui a tout de même écrit l’ensemble des parties de batterie). Pour ma part, je suis arrivé sur le tard. C’était fin 2016, les instrus étaient maquettés depuis un moment, et Nicolas – que j’avais rencontré quelques années plus tôt, m’a sollicité pour produire l’album, mais également pour y prendre part en tant que chanteur. Ce que j’ai assez rapidement accepté, car outre le fait que c’était un challenge intéressant, c’est aussi tombé à un moment où je savais qu’ORAKLE allait se mettre en pause suite au départ de mon batteur (et co-fondateur). Bref, malgré un planning très rempli avec le studio, je me suis accordé de petites pauses pour travailler sur l’écriture du chant, et ce premier album a pu être finalisé.


ORAKLE ATMOSPHERIC BLACK METAL


Ce qui frappe tout de suite à la première écoute de l’album, c’est cette production vraiment puissante et réussie, et l’intensité des morceaux. D’abord la brutalité et la vélocité, puis la mélodicité qui est également bien présente, comment vois-tu cela de ton côté ?

Frédéric : Eh bien déjà, merci beaucoup pour la production ! Sous la casquette de producteur, j’ai travaillé comme je le fais toujours : j’écoute les titres, j’essaie de comprendre quelle ambiance ils dessinent, nous discutons, je m’en fais une première représentation d’un point de vue sonore, émotionnel… Il est vrai que « Phenomankind » est à la fois incroyablement incisif, mais on y retrouve souvent des côtés atmosphériques, progressifs, des mélodies qui se dessinent derrière la première strate, plus évidente, de brutalité. C’est d’ailleurs ce qui m’intéressait du point de vue vocal : être capable d’appuyer cette violence omniprésente avec des voix extrêmes, tout en utilisant le chant clair tour à tour pour contraster ou – paradoxalement – appuyer le propos, en apportant une dimension plus « chaleureuse ». C’est aussi un aspect qui se retrouve énormément dans le jeu organique de Benoît, qui a apporté de la mélodie, de la rondeur à l’ensemble – tout cela a permis d’axer la production vers quelque chose de tranchant, mais qui ne tombe jamais (enfin, j’espère) dans le piège d’un rendu trop glacial, sans vie.

Tu officiais auparavant dans Orakle et son black metal « atmosphérique » ou progressif, comme l’on voudra. Comment vois-tu le passage de ce premier à Cor Serpentii et y vois-tu des convergences ?

Frédéric : ORAKLE est une entité qui existe toujours et sur laquelle je travaille… plus ou moins régulièrement, et beaucoup en fonction de mon planning. De toute façon, avec ce groupe, les albums n’arrivent que quand ils sont mûrs, jamais sur commande et encore moins dans un délai qu’une exigence un peu arriviste aurait préalablement fixé. Il y a, je trouve, quelque chose d’absurde à considérer qu’un artiste doive se manifester à travers un album tous les deux, trois ans ; ou a fortiori qu’un artiste est mort parce qu’il n’a pas respecté ce délai arbitraire. Et je dis ça avec la parfaite compréhension de ce que sont les impératifs d’un label, de la viabilité d’un projet auprès du public, dont l’idéal est en effet que le discours ne s’arrête jamais (au risque qu’un discours intéressant se transforme en bêlement ennuyeux). Bref – et je termine ici cette petite digression, désolé ! – ORAKLE n’est donc pas du passé, c’est juste que « ça » parle… quand « ça » décide qu’il y a quelque chose de suffisamment abouti pour être exprimé.
J’en reviens à ta question. Je vois COR SERPENTII comme quelque chose de plus immédiat – même si « Phenomankind » contient pas mal de parties qu’on pourrait qualifier de « progressives », l’approche reste résolument plus frontale ; les titres y sont plus courts, et mettent en avant une agressivité dont ORAKLE s’est peu à peu détaché, tout du moins avec une approche différente. Mais bien évidemment, la convergence est manifeste du point de vue vocal – je pourrais difficilement faire autrement : dans l’utilisation des chœurs, des placements, de certaines mélodies un peu étranges que j’affectionne, et aussi dans la variété des voix utilisées. Le fait de chanter en anglais modifie toutefois certaines choses dans la technique, il y a un aspect plus « rond », moins tranché que le français que j’utilise d’habitude.


BLACK METAL FRANCE !

Bonjour à toi aussi Nicolas, dans cet album grandiose on entend du Black Metal, parfois symphonique, du death brutal aussi, mais également beaucoup de mélodie, j’insiste. Manifestement votre propos n’était pas de proposer du Raw Black J Quelles sont vos influences respectives et comment ont-elles infusé sur ce projet ?

Nicolas : Les influences sont très diverses et il est vrai que ça se ressent à l’écoute de la base de composition des titres. A titre personnel, j’affectionne tout particulièrement le Black Metal, Emperor, Zyklon, Blut Aus Nord et Deathspell Omega en tête. Pour composer cet album, j’ai aussi beaucoup écouté le travail de Vlad Cochet (Unholy Matrimony entre autres) dont l’univers musical me parle instantanément. On détectera aussi dans cet album des influences coté Death (Behemoth, Decapitated, Morbid Angel, Hate Eternal…) mais je pense que mon jeu est aussi influencé par des groupes de Heavy, ce qui donne au final une teigne hybride à plusieurs têtes.

Frédéric, tes partenaires en crime appartenaient auparavant à la formation de Brutal Death Insain, comment vous êtes-vous rencontrés ? Et comment s’est faite la « jonction » entre vos deux univers ?

Frédéric : Nicolas et Benoît se connaissaient effectivement de longue date avec Insain. Pour ma part, j’ai rencontré Nicolas il y a quelques années, initialement parce que nous cherchions un guitariste avec Orakle et qu’il s’était montré intéressé, appréciant ce que nous proposions, notamment dans notre deuxième album. Sincèrement, je ne pense pas qu’on puisse parler d’une véritable jonction musicale, puisque comme je le disais précédemment, Nicolas est vraiment le principal maître d’œuvre dans la création de Cor Serpentii ; il a juste pu exprimer les facettes plus progressives, heavy, auxquelles la brutalité d’Insain ne laissait pas vraiment de place. Je vois donc plus mon rôle comme une adjonction, qui bien qu’ancrée dans mon registre habituel – c’est d’ailleurs ce que Nicolas souhaitait, que je puisse apporter quelques parties plus expérimentales, des chœurs etc – présentait aussi l’intérêt (très égoïste, j’avoue) de mettre un pied dans une certaine violence musicale que j’apprécie depuis longtemps, mais qui n’a jamais été mon propos dans le cadre d’Orakle.


INSAIN SPIRITUAL REBIRTH BRUTAL DEATH METAL 


Par moments on entend du Dimmu Borgir de la grande époque (puritanical…) ou même du Behemoth, mais également un peu de Borknagar dans les chants clairs. Considères-tu le groupe comme pratiquant un metal « progressif » ?

Nicolas : Je pense que les compositions viennent piocher allègrement dans plusieurs éléments, dont le progressif, ce qui tente d’amener de la construction et de l’aérien. Il est vrai que je suis particulièrement sensible aux ambiances, et mon idéal est de créer du Metal avec une aura à la Dead Can Dance. Plus qu’une question de style, c’est une question d’énergie, de noirceur à retranscrire.
   

DEATH BLACK METAL ? COR SERPENTII IS BLACK AND DEATH METAL !

Thématiquement vous êtes à fond dans la science-fiction, avec un penchant très fort vers Philip K.Dick. S’agit-il d’une forme de concept album ? Comment avez-vous intégré cet univers à votre style ?

Nicolas : Tenter de définir l’abstrait est toujours quelque chose d’assez fascinant. Je pense que c’est ce qui pousse les auteurs de Science-Fiction à développer de nouvelles pistes, explorer de nouveaux mondes, embarquer les lecteurs avec eux. A l’humble échelle de cet album, nous faisons aussi ce travail d’exploration en tentant de sortir hors des sentiers battus et en naviguant en dehors des codes conventionnels du style. La science-fiction met en musique construction et imaginaire, et je pense que c’est une excellente toile de fond pour un album. Je n’ai pas encore d’idée en tête pour un deuxième album, mais je pense conserver cet effet de miroir entre les compositions et certains livres de sci fi.


cor serpentii death black metal de france metal francais actu metal


Frédéric, tu as une palette vocale très étendue, qui va du screaming black au growl death en passant par un chant clair très maîtrisé et mélodieux. Comment gères-tu cela ? J’imagine que cela doit demander beaucoup de travail et de pratique ?

Frédéric : j’ai toujours mélangé les styles vocaux. Les premières reprises avec Orakle, lorsque nous avions 15 ou 16 ans, étaient de Metallica (très original pour l’époque ^^), mais le mélange agressif / clair a été immédiat lorsque nous nous sommes orientés vers une musique plus extrême. A vrai dire, je n’ai jamais cessé de chercher à développer cette palette, avant tout parce que je déteste m’ennuyer, et que mon désir a toujours été de rendre les voix aussi intéressantes que possible, au même titre que le reste de l’instrumentation ; si tu écoutes ne serait-ce que le premier EP d’Orakle début 2000, c’était déjà très présent. Après, pour ce qui est de la pratique, je serais tenté de répondre… « pas assez » ahahah ! Le fait d’être compositeur fait que je délaisse le chant pendant parfois de longues périodes, et cela a déjà donné lieu à des reprises que je qualifierais de délicates ; mais ces derniers temps, je maquette régulièrement des choses, et les contributions plus ou moins importantes à d’autres projets permettent d’entretenir tout ça malgré l’absence de répétitions ou de concerts réguliers.


AVANT-GARDE BLACK METAL ?


Quand on entend votre disque on se dit : merde, mais pourquoi les français ont-ils encore un complexe vis-à-vis des groupes scandinaves ou US. Qu’en penses-tu Nicolas?

Nicolas : Personnellement il y a longtemps que je pense que les groupes Français sont largement à la hauteur sur la scène internationale. Il n’y a qu’à voir le raz de marée qu’est Blut Aus Nord dont la qualité est inégalée, Deathspell Omega, Celeste, Deathcode society, Orakle, Great Old Ones entre autres pour constater que le Metal Français n’a plus du tout à rougir des autres scènes internationales. Après, il est vrai que le Metal est tellement peu relayé en France que nous avons toujours tendance à considérer tous les groupes comme confidentiels.


EXTREME METAL POUR TOUS LES AMOUREUX DE GROS SON ! 


Il y a un peu de chant français ça et là, est-ce quelque chose que tu comptes développer à l’avenir, Frédéric ?

Frédéric : Pas nécessairement… Nicolas et Benoît m’ont demandé d’en placer un petit bout, dans « The Serpent’s Stratagem » si ma mémoire est bonne. Il est vrai que l’utilisation du français dans Orakle a toujours été une marque de fabrique, depuis nos débuts ; j’aime profondément cette langue, la proximité de sens qu’elle m’offre, la profondeur de ce que je peux y exprimer. Mais d’un autre côté, je n’ai jamais voulu m’investir dans un autre projet qui serait trop proche, que ce soit musicalement et/ou textuellement. Participer à Cor Serpentii permet justement de tracer des parallèles, comme je t’en parlais tout à l’heure, mais ne donne jamais l’impression d’écouter un truc trop similaire. Et puis, comme je te le disais également, je n’aime pas m’ennuyer et me répéter. Donc ça me va parfaitement de conserver un chant majoritairement en anglais dans Cor Serpentii.

En tant que « science fictionneurs » avertis quelle est votre vision du monde dans lequel nous vivons, et, par extension, de notre avenir ?

Nicolas : Vaste question. La première image qui me vient en tête est celle d’un monde perdu ou l’éphémère rapide absorbe complètement tout ce que l’humanité fait, pense et respire de manière réfléchie. A l’inverse d’une scène à la Kubrick ou les choses se dessinent progressivement, ou l’œil prend le temps de s’attarder sur des détails et ou chacun de ces détails compte, le monde actuel tourne autour du rapide, du jetable, des sensations express. Je trouve que cela se retrouve dans le comportement des gens : on ne fait qu’effleurer les choses, rester en surface, apprécier par petites touches. Je pense que la plupart des personnes sont prises dans les rouages infernaux du mercantilisme qui est devenu le sang malade de ce monde. On sent clairement une zone limite et un besoin de remise en question, mais ces velléités sont sans arrêt muselées par un système qui asservit toute autonomie de pensée. 

"Il est vrai que « Phenomankind » est à la fois incroyablement incisif, mais on y retrouve souvent des côtés atmosphériques, progressifs, des mélodies qui se dessinent derrière la première strate, plus évidente, de brutalité." (Frédéric G.)


Question rituelle dans le Scribe du Rock : vos  10 albums préférés de tous les temps, dans tous les styles ?

Nicolas : Iron Maiden (Seventh Son of a Seventh son) ; Dead Can Dance (Aion) ; Emperor (Anthems to the welkin at dusk) ; Blut Aus Nord (The work which transforms God) ; Deathspell Omega (si Monumentum requires, circumspice) ; Testament (The ritual) ; Death (Symbolic) ; Morbid Angel (Gateways to annihilation) ; Manes (Vilosophe) ; Metallica (Ride the lightning).

Frédéric : Allez je joue aussi, totalement dans le désordre et bien évidemment sujet à changement d’ici… environ quatre minutes. Le type qui vient de parler juste avant a ceci dit très bon goût, puisque je citerais volontiers « Anthems » d’Emperor ou « Seventh Son » de Maiden, sans compter que j’adore la plupart des autres cités. J’ajoute « La masquerade infernale » d’Arcturus, « Written in waters » de Ved Buens Ende, « … and Justice » de Metallica ; « Red » de King Crimson ; « Frances the Mute » de The Mars Volta ; « Hunky Dory » de Bowie ; « Innuendo » de Queen, et « Crack the Skye » de Mastodon… Et ça y est, j’en ai déjà dix autres en tête, mais tant pis !

Autre rituel, ceci n’est pas une question : que voulez-vous dire librement à nos lecteurs ?

Merci d’avoir lu cet interview !

L’avenir pour cor serpentii ?

Nico : Probablement un deuxième album qui devait être assez différent tout en flirtant avec les qualités de Phenomankind.






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