BLACK METAL LEGENDS ! INTERVIEW AVEC GORGON

"C'est ça l'Esprit de Gorgon" 





GORGON BLACK METAL FRANCE





INTERVIEW AVEC GORGON (Chris) (Interview réalisée en Novembre 2018)

A l’occasion du retour de la formation culte d’Antibes, nous avons pu nous entretenir avec Chris, chanteur et guitariste de la formation et aux manettes depuis 1991. Joie de retrouver de « grands anciens » avec, en plus, la perspective d’un tout nouvel album en Janvier 2019 !

Bonjour Chris, et tout d’abord, un grand merci de bien vouloir répondre à ces quelques questions pour le Scribe du Rock. Gorgon est une entité bien connue des anciens de la scène Black Metal puisque vous vous êtes formés en 1991 à Antibes. Peux-tu nous relater les fondations de cette formation impie ?

Bonjour à toi et merci également pour l’intérêt porté au groupe.
J’ai fondé ce dernier en 1991 après trouvé une batteuse, ex-Witches, qui était partante pour me rejoindre dans l’aventure et qui avait un local où répéter. Elle connaissait une bassiste qui nous a rejoint peu après, et en trio donc, on a établi le 1er line-up officiel, m’occupant pour ma part de la voix et de la guitare.

A l’époque, quels étaient les groupes qui vous ont influencés ? Votre but ?

Il y avait 3 groupes dont j’appréciais la vision : Samaël pour la lenteur de la musique, Impaled Nazarene pour le côté « Je m’en foutiste » et Celtic Frost pour l’aspect culte des riffs. Dès qu’un morceau commençait, tu savais lequel c’était, contrairement à pas mal de groupes où il te fallait plus de temps car toujours débutant avec les mêmes rythmes bourrins. Mon but était clairement et uniquement de jouer du black metal car c’était la musique que j’écoutais (avec également Venom, Bathory, Bulldozer, Sarcofago…) et vers laquelle mes compositions tendaient.

A l’époque de votre première démo « Call From Unknown Dephts » en 91 vous n’étiez pas nombreux à pratiquer ce type de Black Metal pur et dur en France. Comment en êtes-vous arrivés à vous tourner vers ce genre ?

Cela s’est fait naturellement, en aucune manière je n’ai suivi une mode. Pour rappel, 1991 est l’année de création du groupe Emperor ou du label Osmose Productions, on est de la même période. Notre unique démo, sortie en 1992 l’année suivante, était constamment référencée dans des zines où le death metal était roi. On ne faisait pas de black en 1991 en France, c’était soit du death soit du thrash. De mon côté ce n’était pas la voie que je voulais prendre, ce n’était pas ce que je ressentais, aussi créer du black metal coulait de source, il n’y avait pas de calcul derrière tout çà.

CHRIS GORGON BLACK METAL FRANCE


Tu jouais alors avec deux femmes dans le groupe, Céline et Patricia, autre originalité pour l’époque, non ?

C’est un fait mais c’est également un pur hasard. Elles ont été là au moment où il fallait, elles ont rempli leurs fonctions et je les jugeais en tant que musiciennes et non pas de part leur sexe. Cela aurait très bien pu être de hommes, mais cela n’a pas été le cas c’est tout. Il n’y avait pas une volonté initiale d’avoir une ou deux personnes féminines dans le groupe comme cela peut être le cas dans une formation de Metal symphonique par exemple.

Dès les débuts, vous vous différenciez avec un Black Metal utilisant des claviers, donnant une touche « symphonique » ou du moins atmosphérique à l’ensemble. D’où vous est venue cette idée ?

Une fois de plus il n’y a pas d’idée calculée derrière tout ça, cela se fait naturellement, sans arrière-pensée. Lorsque je compose je visionne dans ma tête les parties et généralement je sais si il faut ou non un appui avec du clavier. Il se trouve que sur cette démo, et ces titres en particulier, j’en voyais, aussi lors de l’enregistrement on en a utilisé pour apporter un plus aux morceaux mais il n’y avait pas d’obligation, c’était juste pour enrichir certains passages et les titres en question au final. Le clavier apporte une atmosphère particulière et je comprends aussi que certains ne l’utilisent pas voulant créer un autre climat dans leur musique.

Vous pratiquez un BM très éloigné du Thrash et du Death, autre rareté surtout à l’époque, et vous baptisez votre public avec du sang, ce qui a même amené à l’arrêt d’un ou deux concerts je crois. Considères-tu Gorgon comme un groupe religieux, et si oui peux-tu nous en dire un peu plus ?

Non le groupe ne professe aucune religion et n’est pas religieux. On véhicule un message sataniste dans nos textes mais en ne se raccrochant à aucune église ou mouvement en particulier. Par contre oui, musicalement on était pas dans le créneau death ou thrash même si on allait en voir en concert et soutenir les groupes, voir jouer avec eux sur la même affiche.

« Immortal Horde » votre EP de 93 est le premier EP sorti par un groupe de BM français ! Bizarrement le rendu est beaucoup plus crade que sur la démo. Etiez-vous dans une volonté de sonner « Raw » ?

Non pour cet enregistrement on avait changé de studio, et de line-up aussi, et il est vrai que ces titres ont sonné comme ca au final. Dans l’histoire du groupe y a forcément des éléments pour lesquels il y a eut de la réflexion, mais là une fois de plus cela s’est fait au « feeling », sans volonté particulière de se rattacher au créneau « black raw ». On a une palette tellement large en matière de composition, titre lent ou rapide, avec ou sans mélodie, clavier, …qu’on peut toucher à diverses tendances sans forcément y adhérer en permanence, ce qui sonnerait constamment pareil au final.

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Sur votre premier LP, l’excellent « the Lady rides a black horse » vous revenez à un son plus atmosphérique, même si le tout reste bien cru quand même. Autre particularité, ton chant plutôt aigu. Peux-tu nous parler un peu de cet album, de cette période ?

Un nouveau line-up avait vu le jour avec la volonté de sortir un album pour présenter davantage de titres et passer à une étape supérieure. Sur ce dernier figurent 2 titres de la demo et 2 du E.P. que n’avaient pas enregistré cette configuration de musiciens à l’époque. Cela nous a permis de proposer des versions différentes bien sûr et plus fidèles à la manière dont ces chansons sonnaient en concert. A eux se sont ajoutés de nouveaux morceaux et une fois de plus, comme toujours pour tous nos enregistrements, à ce jour compris, on a changé de studio. Celui-ci était tenu par un particulier et on avait pas de limite de temps pour le réaliser. Du coup on en avait profité pour mettre en boite quelques titres supplémentaires qui sont sortis aux fils du temps sur des compilation ou autres. Sur la fin, le travail de la personne n’a pas été aussi « productif » que prévu, aussi on savait qu’on ne recommencerait pas avec lui. Ce style n’était pas du tout son « truc » mais en le supervisant en permanence on a pu obtenir ce qu’on désirait. Joël, notre bassiste, me secondait dans les backing vocaux dessus, lui qui était plutôt orienté death metal. La pochette a été réalisé par une boite locale et étape par étape il a fini par sortir pour être disponible ici et là. Adipocere Records nous a aidé à en distribuer davantage et il avait reçu un bon accueil à sa parution. Un label malaisien l’a ressorti quelques temps après en version cassette et à ce jour c’est notre album le plus connu. Pour finir, une dernière anecdote liée à cet album : Quand il a été mis en vente à la Fnac de Nice il a été déposé dans l’unique et mince colonne des Cds « Black metal ». Pour l’album suivant, on a été classé à la lettre G dans la partie « Black metal », désormais classées par ordre alphabétique, tellement entre temps il y avait eu de productions de sorti, et de Cds de commandés par le magasin bien désireux de se faire de l’argent sur la mode qui s’élargissait.

"Le BM est mort selon certains, mais je ne pense pas"


Votre black metal, comme par exemple sur le 2ème album « Reign of Obscurity » est toujours resté mélodique et bien ancré dans les atmosphères, ce qui pour moi est essentiel.  C’est devenu un son assez typique des groupes français du genre. Étiez-vous conscients d’avoir autant d’influence sur les nouvelles formations ?

A l’époque non, on avait pas de recul nécessaire mais depuis que l’on a annoncé la mise en chantier d’un nouvel album en 2018, on a reçu pas mal de messages ou lu de commentaires en ce sens, la gratuité et la facilité de communication par internet y étant pour beaucoup.

Je suis moins fan de « the Jackal pact » votre 3ème album sorti en 98, qui se veut plus « metal » et « thrashisant ». Vous traversiez une période de remise en question ? Un retour aux sources 80’s ?

Excepté le dernier album qui sortira en 2019 et que j’aime énormément, « The jackal pact » est mon préféré de notre discographie. Niveau concerts c’était également notre meilleure période à mes yeux, là où scéniquement on avait le plus d’impact et de cohésion. Une fois de plus, la composition avait été réalisé sans arrière-pensée et les éléments métal voir thrash que tu cites ne me choquent pas. Il est différent des précédents et c’est un choix car aime pas se répéter, mais les riffs et mélodies qui le constituent étaient vraiment ce que l’on désirait proposer à cette époque. Le concept reste black mais moins dans le visuel, c’est plus « black urbain » selon moi, loin des clichés forêt et autre.

CHRIS GORGON BLACK METAL FRANCE


Etant moi-même du sud (Avignon) je connais bien les difficultés que pouvaient rencontrer un groupe de Black Metal dans cette région peu métallique (surtout dans les années 90) dans un pays qui ne l’est pas beaucoup plus. Pourtant la scène française est une des meilleures du monde. Comment l’expliques-tu ?

Quand on me parle d’Avignon je pense immédiatement à Shud et c’est une formation que j’appréciais beaucoup et que j’ai fait jouer avec Samaël à Cannes en mars 1991. Il y a toujours eu de bons groupes en France tous styles Metal confondu même si on peut avoir des préférences. Pour tes lecteurs « anciens », en vrac j’appréciais Cardiac Cease, Asshole, Catacomb, Dunce, Death Power, Sepulchral…  Aujourd’hui il y a une couverture médiatique différente que dans les années 90 et il y a plus de groupes selon moi, aussi dans le tas il y a forcément des choses intéressantes. Néanmoins excepté lors des gros festivals, je ne vois pas plus de monde qu’avant aux concerts en province de formations undergrounds. Une autre génération est là mais c’est tout. Des salles se sont relativement spécialisées dans le style comme Le Ferrailleur à Nantes, et des assos se bougent aussi malgré les revers des affluences et c’est à saluer, mais le Metal extrême reste un style marginal et cela ne me déplaît pas en fin de compte.

Votre dernier LP en date, « the Spectral Voices » est sorti en 2001. Peux-tu nous  faire un point dessus avec le recul ?

Cet album reste à part pour moi. Il y a de bonnes choses dessus, les titres sont cohérents entre eux, mais ce n’est pas le Gorgon que j’aime mettre en avant. Il y avait un ras le bol de la mode black à l’époque et on a exploré d’autres horizons tout comme Samaël, Impaled Nazarene, Beherit ou Emperor ont fait. On a testé autre chose, sans reniement du passé mais il fallait que l’on voit ailleurs. C’est donc un sentiment mitigé, il tient la route mais n’est pas la facette dans laquelle je me reconnais aujourd’hui.

Cette année, lors d’une interview chez les excellents Scholomance Webzine, j’apprends votre retour et l’accouchement d’un nouvel album pour début 2019. Peux-tu nous en dire plus ? Et un tout nouveau line-up, c’est ça ?

Ce 5e album est finalisé depuis l’été et est en cours de pressage pour le moment en différents formats. Il se nomme « The veil of darkness » et sortira chez Osmose Productions. Comme tous nos albums, il contient 11 titres qui représentent exactement ce que je voulais montrer du Gorgon actuel. Dessus je fais tout (guitares, voix, basse) excepté la batterie réalisée par un batteur de session, aussi on ne peut parler de nouveau line-up car ce n’est pas le cas. Je le trouve bien varié et il possède le son que je voulais, obtenu au studio ArtMusic. On a véritablement pas à rougir du niveau des productions étrangères. C’est vraiment un album dont je suis fier, je ne vois pas un seul élément à modifier musicalement. Si il y a une suite à cet album, ce que je souhaite, et j’ai déjà commencé à composer dans ce sens, je sais que les futurs titres seront dans la même veine.

Quel regard portes tu sur le BM en général et la scène française en particulier ? Comment décrirais tu son évolution sur toute cette période ?

Le BM est mort selon certains, mais je ne pense pas. L’esprit a changé et n’est plus le même pour pas mal de groupes mais il y a toujours des formations qui perpétuent la tradition. Le style est ultra saturé, il y a trop de groupes, en France inclus évidemment. La scène a été envahi par des musiciens et donc le niveau technique a explosé très rapidement. Dans l’hexagone c’est devenu une musique politiquement et socialement correcte, pour beaucoup c’est un style à prendre au second degré. Avant l’intégrité était primordiale par rapport à la complexité des riffs, c’était dans notre sang, dans notre mode de vie. J’aime bien cette définition que m’as donné un jour le leader d’O.T.A.L. : « On ne faisait pas du black, on était le black ». Il y avait une mentalité, des actions et aujourd’hui ça a quasiment disparu, c’est propre.

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Question rituelle chez moi : tes dix albums préférés de tous les temps, tous styles confondus ? (aka « la question chiante »)

Alors sans ordre précis :
TORTURE : Storm alert
BATHORY : Blood, fire, death
ACCEPT : Staying a life
SARCOFAGO : I.N.R.I.
VENOM : Calm before the storm
DARK FUNERAL : Dark Funeral (mini Lp 4 titres, je sais)
W.A.S.P. : Live…in the raw
IMPALED NAZARENE : Tol compt norz norz norz
THE EXPLOITED : Beat the bastards
CARNIVORE : Retaliation

Carte blanche : cet espace est le tien, qu’as-tu à dire à nos lecteurs ?

Ce nouvel album à venir chez Osmose est le meilleur retour que l’on pouvait espérer pour nous. C’est un véritable condensé de violence primaire, d’agressivité, et de mélodies tels que le groupe devait en proposer en 2019 pour relancer la machine. Les compositions viennent vraiment de ce qui coulent dans nos veines et ne sont pas réalisées dans le but de conquérir un public à qui on sert invariablement les mêmes disques avec des titres standards et uniformes.  C’est çà l’esprit de Gorgon.




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