Ils ont créé Imperial en 92 : ils sont toujours impériaux !!


C'est dans la tourmente de l'été sudiste que je pars à la rencontre de deux figures du Black/Thrash metal français des années 90 : Imperial. 
Vous les avez peut-être connus à l'époque de "Thrasheurs 13", titre qui fut publié sur le sampler du défunt Hard Rock magazine. Qojau et Skrow ont eu l'immense mérite d'être de vrais pionniers à une époque où le black/thrash était loin d'être une spécialité en France. Ils ont tenu bon contre vents et marées, délivrant d'excellents albums malgré les nombreux aléas. Vous allez donc (re)découvrir dans cette interview deux musiciens foncièrement honnêtes, dédiés à leur art. Bonne lecture ! 

Salut Imperial, la première question va être simple : vous existez depuis 92 ?
SKROW (SK): oui
Moi : si je ne dis pas de bêtises
QOJAU l (QO) : Juste avant on s'est connu au lycée,  lui il séchait son lycée et me rejoignait dans le mien, on allait chez lui on écoutait du metal. Et puis à cette période là on commençait chacun de notre coté à apprendre nos instruments.
SK : on avait envie de faire notre propre groupe, quoi...
QO : alors que moi de mon côté j'avais monté un groupe sur le village juste à côté et j'avais du mal à trouver des batteurs compétents. Ca m'énervait. Et un jour je l'ai amené (Skrow) voir une répète, et je savais qu'il jouait un peu de batterie. Et l'autre batteur m'a tellement gonflé que je lui ai dit : "sors du siège, Skrow, montre lui" et on a enregistré deux titres qui se retrouvent depuis sur la...(coupé par skrow)
SK : j'avais le bras dans le plâtre ! Je faisais la batterie avec le bras dans le plâtre ! J'ai jamais aussi bien joué (rires)
QO : ouais, il a jamais aussi bien joué de sa vie (rires). De ce jour là, donc, le groupe a été terminé, et puis on s'est lancés tous les deux
SK : après moi je suis passé à la guitare, on a pris une boite à rythmes, on a fait une série de morceaux à deux guitares et après je ne suis resté qu'au chant
MOI : c'était quoi vos influences à l'époque, c'était quoi les groupes qui vous ont donné envie ?
SK : j'essaie de me rappeler à l'époque... y'avait un peu le début du death metal, à ce moment là on écoutait des trucs comme Atheist, Death, Obituary
QO : Morbid Angel, Napalm Death, on s'échangeait des albums
SK : Entombed... on découvrait à peine la scène underground avec des compiles comme Morbid Noise, les démos de Merciless, des groupes comme Rotting Christ, on découvrait les débuts de tous ces groupes là, quoi...
QO : Après, quand on commencé Imperial, on a été partagé entre notre immense passion pour Godflesh et une immense passion pour les prémices du black metal, on savait pas trop au tout début. Du coup c'était un gros mix, c'était un petit peu du Godflesh mélangé à du black metal, c'était trop bizarre. Le côté boit à rythmes était bien pour le côté Godflesh, puis au niveau du jeu de guitare c'était plus ce qu'on voulait. A un moment il a fallu trancher c'était plus soit l'un soit l'autre.
au niveau influences, pour en revenir à ta question, surtout Impaled Nazarene, Immortal, Darkthrone, Beherit, les prémices quoi
SK : oui, puis il y avait les restes de ce qu'on écoutait avant, le thrash metal.


MOI : j'en parlais un peu tout à l'heure, en 1997 vous signez chez Osmose pour "aux crépuscules" l'album. Est-ce que vous pouvez nous parler un peu de cette collaboration avec Osmose, Hervé donc j'imagine, les bons et mauvais côtés. Quand même, Osmose !
QO : c'est moi qui étais en direct avec Hervé. A partir de la troisième démo, en 1996, moi perso j'en pouvais plus du black metal. C'était les Dimmu Borgir, tous ces groupes suédois pleins de synthé, un son très propre, tous les groupes étaient comme ça, y'avait plus un seul groupe crade et je supportais plus. Tous ces gens qui s'y intéressaient, qui portaient aux nues le black metal...
SK : trois milliards de groupes...
QO : c'était tout pourri ! Alors qu'à l'époque ce que nous on écoutait personne aimait. J'ai eu un rejet. J'ai eu envie de changer notre style et de mélanger avec du thrash pour donner plus d'agressivité. Je trouve que ce qu'on jouait à l'époque ce n’était pas assez agressif, et pour s'opposer avec tout ce miel qui sortait de partout...on a sorti cette 3ème démo avec les premiers titres en français pour Skrow, et on a eu des réponses un peu de partout, assez opposées. Soit les gens détestaient, ou alors trouvaient ça génial. Ca nous confortait dans notre connerie et on a perduré
SK : on s'est dit on va enregistrer un dernier truc
QO : ça décollait pas, on n'arrivait pas à se faire signer. Au bout de la 3ème démo ça commençait à devenir déprimant. Moi j'avais terminé les études, j'en étais sorti, pas de boulot, déception amoureuse. Je me suis un peu enfermé chez mes parents dans ma chambre et je me suis mis à jouer de la guitare huit heures par jour, à composer pour Impérial. Quatre, cinq titres en quelques mois. Je voulais vraiment atteindre mon maximum. Et on a enregistré la promo tape 97…
SK : j'ai repris la basse pour mettre de la couleur
SK : allez vas-y on l'envoie à Osmose ! Au niveau de l'ambiance c'était ça : dans une piaule on jouait, et on sortait des démos, on a fait trois concerts dans le coin mais on n'avait pas de contact avec la réalité c'est à dire la scène véritablement. On avait aucune idée de ce que ça impliquait de se lancer là dedans, c'était juste, on l'envoie à Osmose ! (rires)
QO : ben oui mais c'était un rêve. 3 démos on a envoyé : Osmose, Adipocere et Nuclear Blast.
MOI : Ca va ! (rires)
SK : y sont humbles les mecs quand même ! (rires)
QO : Attend, Nuclear Blast à l'époque ils étaient en difficultés...C'était la fin de la période Death Metal, ils n'avaient pas réussi à enchainer sur le Black...Ils étaient dans un trip gothique un peu foireux...A l'époque c'était Osmose les plus gros, et Nuclear Blast était un peu derrière quand même ! Première réponse, c'était Nuclear Blast, qui nous a envoyé une gentille lettre qui nous dit "ouais votre groupe il est super chouette j'aime beaucoup sauf qu'en ce moment on n’a pas de sous, on a quelques sorties de prévues, on n'a pas les moyens. Recontactez nous d'ici un an".
MOI : Quand on voit ce que c'est devenu maintenant !
QO : ouais ! Après Christian Bivel (Adipocere) je sais plus si je l'ai eu par courrier ou par téléphone...je crois que c'était par téléphone il m'a dit "ce n’est pas notre style, voyez avec Hervé de Osmose ". Tout ça en très peu de temps. Quelques jours. Un matin Hervé qui appelle qui dit "putain ! J’adore ce que vous faites ! Faut que vous signez chez moi". Là tu lui dis pas » t'es le seul à vouloir » (rires)
SK : Ouais, je vais réfléchir (rires)
QO : et voila comment ça s'est passé ! Sur le coup j'ai cru à une blague ! Je ne croyais pas que c'était lui ! Voila comment les choses se sont faites pour la signature déjà...Après, les rapports...ce qui s'est passé pour nous c'est ce qui s'est passé pour tous les groupes d'après ce que j'ai entendu... C'est comme ça ! Au début ils te disent ouais, Hervé il te dit "ouais on va faire ça et ça et ça" on va presser à tant d'exemplaires, ça va être distribué dans le monde entier. On était des gamins on se faisait illuminer par les paillettes des magazines. A l'époque on croyait que quand tu étais dans Hard Rock Magazine, tu vivais de la musique, que tout le monde te connaissait, que tu devenais musicien professionnel, que si tu signais sur un label et que le label se chargeait de tout, t'avais plus qu'à prendre tes instruments et à jouer, enregistrer...
SK : et d'un coup on a commencé à réaliser tout ce que ça impliquait d'être sur un label, d'avoir  dans un groupe, prendre des musiciens pour faire des concerts
QO : on n'avait ni management, ni rien, on n'était que tous les deux
 On n'avait pas d'argent ! De toutes façons c'est un truc qu'il faut savoir dans Impérial c'est qu'il n'y a jamais eu d'argent. Il avait pas d'argent, je n’avais pas d'argent...On ne pouvait pas partir en Suède pour enregistrer. On n'avait pas les parents non plus...Après le son du 1er album n'est pas si dégueu, c'est notre identité.
MOI : vous deviez avoir des rêves plein la tête quand même
QO : voila...on commence à distribuer, on reçoit des interviews de partout dans le monde. Tu fais dix interviews par jour, en anglais. On était des pines en anglais (rires). C'est assez impressionnant, ça arrive trés rapidement, en six mois maximum. Après osmose commence à voir que les distributeurs du monde entier ils ne prennent pas énormément d'albums...Sur un pressage de 5000 au départ, osmose commençait à voir que les 5000 ils ne partaient pas...rapidement. Déjà ça commence à coincer un poil
SK : ca coinçait aussi parce qu'on faisait pas de tournées, de concerts
MOI : et c'est quoi pour vous qui fait que, à ce moment là, ça part pas suffisamment les albums ?
QO : parce que tout le monde est dans le black metal ! En 98, tout le monde est dans le black metal. Tout le monde est à fond sur Cradle of Filth et Dimmu Borgir. Ils faisaient la une des magazines. C’étaient des stars ! Toi, t'arrives, t'es un ovni.
MOI : inclassables...
SK : ouais
QO : ce qui fait qu'on ne s'intéresse pas à toi c'est parce que tu ne fais pas partie d'une scène globale. C'est à dire, on s'intéresse au death metal parce que, dans la même année, y'a 100 groupes de death metal qui sont sortis. Death metal suédois, t'as 50 groupes ! death metal américain t'as 50 groupes. Là les magazines commencent à se dire, putain, on va regarder.
 En black metal, entre la Norvège et la Finlande, y'a plein de groupes ! Regardons ce qui se passe, y'a une nouvelle scène qui sort, c'est super ! … Sauf que nous : français, black/thrash...
MOI : à l'époque où ça n'existait pas, ou plus (nda référence à Bathory et Venom)
QO : pas plus que ça, il y a une petite scène qui émergeait en Australie avec Atomizer et Gospel of Thorns, Abigail au Japon, y'avait un petit peu des groupes aux USA, un petit peu en Suède. Y'avait une scène qui était en train de se créer, mais dispatchée de partout.
SK : inferno, gehennah
QO : y'avait Guillotine, etc... Les groupes émergeaient un peu de partout, et ça ne permettait pas aux journalistes de se focaliser sur un endroit. Ils ne peuvent pas faire monter la chose en sauce. Du coup, pas trop de publicité sur le genre, sur le style, sur l'émergence, du coup le style est passé un peu inaperçu pourtant y'a de belles bêtes ! Atomizer ! Abigail est encore en train de se bagarrer, il fait tournée sur tournée partout dans le monde. Ca monte pas plus en sauce parce que les magazines ne les soutiennent pas.
MOI : c'était qui vos potes à l'époque ?
QO : Sabbat, Abigail parce que j'ai toujours été fan du premier Abigail. Atomizer...On a des enregistrements collectors !  Vu que j'étais un peu "raciste" envers les suédois qui faisaient de la daube, du coup les suédois je les contactais pas trop.
SK : en France on n'avait pas beaucoup de potes...
MOI : ben ouais, j'allais dire, vous ne parlez pas de groupes français ? Tous les Agressor, Massacra ?
SK : non, on n'était pas en contact. Uniquement en tant que fans.
MOI: c'est vrai que vous parliez de fric tout à l'heure. J'ai relu récemment des trucs sur l'histoire d'Agressor, d'Alex. C'est vrai que quand tu lis que le mec était en contact avec les norvégiens, il allait en Norvège et tout...Tu sentais qu'il y avait des gens qui avaient aussi les moyens quoi. C'est le problème en France, il faut toujours avoir un peu de fric au départ pour arriver à quelque chose.
QO : après c'est peut être comme ça dans le monde entier...A partir de là, donc, le ton avec Osmose s'est durci un peu, de moins en moins de contacts. Avant on s'appelait, avec Hervé. Après c'était plutôt que moi, tu vois ce que je veux dire…  Hervé avait prévu une tournée pour nous avec Immortal et Cannibal Corpse. On devait être calés en 1ere partie.
MOI : mais qu'est-ce qui s'est passé ?
QO : on était quatre à ce moment là. Tu peux les voir sur Youtube. On avait répété comme des fous. On devait partir en tournée. Deux semaines avant de partir, il y'en a un qui me dit "j'ai les études, je ne peux pas partir." Peut être que papa et maman n’ont pas voulu…  Après, ils a surement appelé le batteur...etc. Donc plus personne ne veut partir. Problèmes de logistique. La tournée tombe à l'eau. Et là c'est le trés grand froid. Osmose avait tout organisé pour ça. Et payé !
SK : et puis QO a voulu sortir "thrasheurs 13"
QO : c'est là où je veux en venir. "Thrasheurs 13" c'est moi qui avais fait la proposition. Je commençais à cogiter. Qu'est ce qu'on peut faire pour relancer le truc ? Améliorer les critiques. On embauche un batteur, Francky Costanza (futur Dagoba, nda). Améliorer le son. Je voulais faire quelque chose, je ne voulais pas rester planter là. J'ai appelé Hervé je lui ai dit, j'aimerai bien sortir un mini-album avec un batteur. Hervé pas trés chaud, ça commençait déjà à lui coûter. Il m'a dit, envois moi ça par écrit. On fait une nouvelle version de thrasheurs 13, avec des morceaux du prochain album, des inédits. L'idée de départ était bonne quand même. Même si refaire Thrasheurs 13...
SK : non, non...
QO : tu te dis les meilleurs blagues sont les plus courtes...Hervé accepte...pas à contre cœur, mais presque. Du genre "pourquoi pas". Quand il a mis sur sampler "thrasheurs 13" il avait observé une bonne réaction. On s'est dit on va peut être remonter la pente avec ça, sauf que c'est l'inverse qui s'est passé en fait. En plus Hervé n'avait pas aimé le jeu de batterie de Francky…
 Et puis j’ai fait une erreur à la fin de l'enregistrement. Le gars du studio nous dit vous revenez pour le mastering, il faut que je gonfle le son. Moi je lui ai dit, ce n’est pas la peine, je le file comme ça à Osmose, ils le fileront à un autre studio pour le faire. Sauf qu'Osmose ont pris le cd, et l'ont pressé comme ça, d'où le son...
MOI : sans mastering ?
QO : oui, sans mastering...un son tout mou, manquant de dynamique. Et la pochette ! C'est ça la pochette ?  Une pochette vite fait mal fait.
MOI : et ton frère Skrow ? (son frère est le graphiste André Reina, particulièrement excellent !)
SK : j'ai encore la toile sur laquelle il bossait. On voyait un match de l'OM sauf que, à la place du ballon il y avait une tête coupée...
MOI : excellent !
SK : il n’a jamais eu le temps de la finir !
QO : en fait y'a rien de fini sur cet album (rires) Il est sorti pas fini. Du coup Hervé l'a lancé et il ne s'est jamais vendu. Dans les interviews il le dit, d'ailleurs, que son regret c'est de l'avoir sorti !
SK : c'est le pire truc qu'il a sorti chez Osmose (rires). C'est cool, on a sorti le pire truc sur Osmose ! (rires)
MOI : j'ai entendu des trucs pires que ça sur Osmose, quand même...
QO : le moral commence à s'écrouler. Pas de ventes, pas de chroniques... et merde ! Déjà que les rapports étaient en baisse. Après Thrasheurs 13 de temps en temps j'appelais pour maintenir le contact. Mais bon. Je recommence à composer pour le deuxième album. Je compose des morceaux assez moyens. Quelques bons riffs. On va l'enregistrer dans le même studio. Osmose paye le studio. Au moment où on était prêts j'appelle le studio : le gars me répond là je vais partir aux USA pendant deux semaines.
SK : en fait il est parti aux Etats-Unis avec le fric d'Osmose. Il nous disait, non, mais on fera ça à mon retour...On le connaissait bien pourtant. Il nous a entubés !
QO : j'ai largué les plombs...
SK : non, on aurait du lui casser la gueule !
QO : après j'appelle Osmose, je leur explique...Osmose a appelé le studio, je ne sais pas ce qu'ils se sont dit. Mais Osmose n'a pas spécialement cherché à récupérer son pognon. Ils ne nous ont pas non plus spécialement soutenus.
SK : si, quand même ! Ils nous ont lâchés de la thune en urgence pour qu'on puisse enregistrer vite fait dans un autre studio...
QO : tu commençais à avoir des problèmes à la gorge, donc a utilisé une disto sur la voix. On a prix un prof de batterie qui tue pour les parties de batterie ! Le mastering en studio  sonnait super bien. Mais en fait, sortit du studio c'était une grosse daube!
SK : quelle déception en écoutant le résultat final
QO : quel son de merde
MOI : là, vous perdez le contact avec Hervé ?
SK : oui...complètement. Quand j'ai reçu le cd, la pochette est atroce, le layout…
MOI : du coup, on arrive à "Chaos". 2011 ?
SK : oui
MOI : si on reprend un peu les épisodes précédents : pas mal de désillusions, pas mal de claques, pas mal de trucs difficiles à vivre, malgré tout vous avez la volonté de revenir malgré tout avec ce disque ?
QO : Non (rires sonores)
SK : en fait c'est en 2008 qu'on s'est dit on va revenir avec une démo, qui s'appelle "noir". On a commencé à l'envoyer à des labels, personne n'en voulait, bien sûr, on s'est dit on va la balancer en téléchargement libre. On l'a distribué gratos à quelques fans qui en voulaient. Après, y'a Thomas de Forgotten Wisdom Prods qui a bien voulu la sortir en k7. Ca c'était cool.
QO : il l'a surtout fait parce qu'il est fan...
SK : oui, c'est ça, il est fan. Ca lui faisait plaisir de la sortir en belle édition k7.
MOI : du coup, Triumph ov death derrière en 2014.
SK : oui, Seb je le connais bien depuis les années 90. IL bossait chez un disquaire à Aix où j'allais souvent quand j'habitais là bas et lui à l'époque il distribuait déjà les premières démos d'Imperial chez ce disquaire. Donc il nous connaissait bien. Seb un jour il me recontacte sur Internet. On se revoit lors d'un concert. Ca faisait 15 ans que je l'avais pas vu. Je lui parle d'Imperial.
QO : on lui envoie le cd. On lui explique l'histoire. IL voulait savoir ce qu'on devenait. On lui dit que cet album personne n'en veut.
SK : du coup lui il veut le sortir. J'ai beau lui dire tu vas flinguer ton label, surtout que tu commences juste...
MOI : vous dites ça à chaque fois ! (rires)
SK : ben oui on les prévient pourtant les mecs (rires) y'a une malédiction...Il n'en n'a pas vendu beaucoup, mais il s'en fout. IL le fait pour le cœur.
MOI : J'avais une question précise, moi sur le français. Ca pour moi c'est vachement important. Vous n’avez pas toujours chanté en français, au début vous chantiez en anglais. Pour moi c'est une des particularités d'Imperial et c'est une des forces du groupe. Le chant en français, la qualité des textes, avec le côté sarcastique, ironique, l'humour noir, merci les gars ! On comprend vos paroles ! Je sais si y'a en a d'autres en France. Pour moi ça vous a sorti du lot. Quand j'écoute "j'ai mangé ta mère" je me dis les mecs ils se prennent pas au sérieux mais leur musique est sérieuse.
QO : on le fait sérieusement en tous cas
SK : très sérieusement !
MOI : donc moi je me dis les gars ils ont tout compris au schmilblick ! Donc, le français. ON sait que pour, certains groupes ça les a emmerdés. Je prends l'exemple de Misanthrope. Moi c'est un groupe que j'aime bien parce qu'ils sont barrés ! Et ils ont des chansons comme "courtisane syphilitique" ! Dingos ! Ils chantent en français depuis longtemps. Sauf qu'il y a des gens qui les ont hais pour ça. Du coup je me demande, est-ce que les français ne supportent pa d'entendre du français dans des groupes de metal ?
QO : c'est complètement ça ! De la même façon que les métalleux, dans leur grande globalité vont te dire il ne peut pas y avoir d'humour dans le metal.
SK : il faut rester sérieux à tout prix !
QO : on ne peut pas chanter autrement qu'en anglais. De même que pour beaucoup il ne peut pas y avoir autre chose que des blancs aux cheveux longs qui jouent du metal. C'est des tabous !
SK : ça me gave tout ça
QO : comme tu ne peux jamais avoir de boite à rythmes.
SK : Plus on m'a dit "dommage qu'il y ait la boite à ryhtmes" plus je me disais, tant mieux, ça te plaît pas, ben tant mieux !
MOI : alors que tous les groupes de brutal death à la mode ont tous des boites à rythmes...
QO : des triggers, des séquenceurs...
SK : Même Judas Priest sur "Ram it down" c'est de la boite à rythmes, faut pas déconner !
MOI : vous parlez de réalité sociale, de sordide, moi ça me parle parce que c'est du réel !
SK : et c'est plus noir que Satan !
MOI : pour en revenir au français. Dans votre public ça a provoqué une scission non ? entre ceux qui vous adorent...et les autres ? On sent qu'il y a des regrets dans votre histoire, et c'est normal. Mais vous avez quand même réussi un truc : vous n'avez pas laissé les gens indifférents...
SK : Imperial, soit on aime soit on déteste.
MOI : pour finir, j'ai bien envie de parler de vos autres projets et du futur. The end 666 pour Qojau, les projets éléctro pour Skrow, et si, aujourd'hui, il y a projet, qu'est-ce que ça peut être ? Et demain ? Impérial ou autre chose ?
QO : je reprends le début...The End 666...Tu as déjà écouté The End ?
MOI : oui un peu
QO : The end c'est venu après Malmort. Déjà à l'époque de Malmort je lui avais proposé de chanter avec une disto. Dans Impérial  y'a toujours eu un côté précurseur. Et puis quand j'ai vu que tout le monde se mettait à faire du Black/thrash, je me suis dit qu'il fallait rajouter quelque chose. Faire quelque chose de nouveau. Skrow n’était pas chaud. Il y en a un peu sur Malmort.
SK : du coup il y a deux démos ou j'ai participé en tant que bassiste, et Qojau chantait. Mais je n’ai pas participé aux albums. Musicalement c'est du Impérial avec Qojau au chant
Qojau : avec une disto à fond sur la voix ! En général les gens qui aiment Impérial aiment The End 666. Donc on a fait deux démos, après moi j'ai voulu aller dans la provocation. Vraiment, la provoc extrême. Je voulais faire réagir les gens. Le problème étant que le metal est très fermé, carré. Je me suis fais très vite cataloguer dans le nazisme.  Je voulais dire que tout le monde est naturellement homophobe, raciste, misogyne. ..
SK : même, t'habites dans un village de 3 habitants tu vas être raciste avec ton voisin...
QO : même, t'es au volant de ta voiture, tu vois une femme au volant : "casses toi connasse ! "(rires). C'est dans la nature, et c'est ce que j'ai voulu montrer avec The End. Dans le metal, quand ils ont vu ça...entendu ça...j'ai commencé à être contacté par des fans de black metal nazi, à qui je répondais : mon gars, je t'emmerde ! (rires)
MOI : c'est punk, ça ! (rires)
QO : complètement ! C'est comme quand Gogol chantait "Adolf mon amour". C'était ça mon idée, c'était Gogol 1er ! Ce sont des choses qui se sont perdues ! On le voyait dans les années 80, il y avait cette liberté...Coluche et "le crs arabe"...c'est notre culture. Aujourd'hui on peut plus rien dire sans passer pour...Du coup j'ai fini par laisser tomber ! J'ai lâché l'affaire.
MOI : Les gens n'ont pas compris...
QO : voila l'histoire de The End, deux démos deux albums, un 3ème qui était déjà tout prêt mais personne n'en n'a voulu...
MOI : T'as pas envisagé l'autoprod à ce moment là ?
QO : non, par contre je l'ai mis sur Youtube. Si ça intéresse quelqu'un tant mieux, si ça n’intéresse pas...
MOI : Ca intéresse toujours quelqu'un !
QO : je ne sais pas...
MOI : pour moi il y a des liens entre le français et la provoc. Pourquoi ? Parce qu'en français on comprend ce que tu dis, dans Imperial. Et la provoc, comme disait Desproges, on peut rire de tout mais pas avec tout le monde...Y'a des cons partout...Et puis vous en tant qu'artiste vous essayez d'amener votre musique plus loin, et pas en faisant du vintage comme c'est la mode en ce moment, en faisant du sous-venom, et donc, vous prenez des risques...merci de les prendre pour ceux qui espèrent ça.
QO : tu sais, avant c'était difficile. Aujourd'hui c'est impossible ! Tout le monde veut entendre une imitation de quelque chose de déjà connu.
MOI : ce qui nous amène à la question des styles ! SKROW, tu nous parlais tout à l'heure, je veux bien que tu nous dises un petit mot de ton travail en électro, en ambient. Peut être que tu t'es dit à un moment "le metal, y'a plus grand chose de possible" ?
SK : complètement ! Déjà par rapport à la scène, l'état d'esprit me gavait. Musicalement ça n'évoluait plus, vers la fin des années 90. Plus d'évolution. En découvrant la musique électronique, j'ai découvert que tu pouvais avoir une liberté de créer, avec des machines, tu pouvais créer des ambiances sombres, tu pouvais explorer d'autres univers, qui ne sont pas finalement si loin du metal, ou de ce que tu voulais exprimer dans le metal. C'est à force d'écouter d'autres musiques, tu te rends compte que la musique ce n’est pas forcément une affaire de style mais plutôt une affaire d'individus, dans chaque musique.  A partir du moment où pour moi les étiquettes ont commencé à sauter, dans ma tête, je me suis dit, la musique électro, même si c'est un peu réducteur. Avec des machines tu peux faire une guitare, une flute...Du coup j'ai eu plusieurs groupes. Aujourd'hui je continue, je navigue.
MOI : et tu t'occupes des machines ?
SK : là j'ai un groupe d'electro rock, Velvetine,  ou je joue des percus électroniques, grosse caisse et caisse claire à la main avec des samples, avec deux guitaristes dont un chanteur. Un projet purement machines plutôt indus distordu. Y'a pas longtemps un projet de dark ambient, plus calme. J'ai refait une démo de metal tout seul à la basse. C'est que des compos, basse distordue, pas de chant, un peu doom quoi
QO : un peu ce que faisait Scorn sur Vae Solis...
SK : c'est un mélange black metal indus, avec des sons de clavier indus. Instrumental. Je l'ai envoyé à des labels de metal, aucune réponse. A tous les gens que je le faisais écouter, tout le monde me disait "tu devrais mettre du chant". Ca m'a tellement gonflé que finalement le truc je l'ai sorti sans le chant. Tout le monde s'en bat les couilles (rires). J'ai sorti 20 cassettes. Je l'ai même partagé sur la page d'Imperial.
MOI : bon du coup, Imperial ? On en est ou ? Vous avez jamais splitté ?
QO : on se fait encore traquer par les gens à chaque fois qu'on va au Bandidos M.C.  (Salle de concert à Avignon, siégeant dans un club de bikers)
SK : toujours plein de gens qui nous demandent de faire des concerts...
 on a du mal à s'y remettre
QO : on va réessayer, il veut faire la basse et le chant en même temps !
SK : Mais je suis pas sûr de faire ni l'un ni l'autre (rires)
QO : c'est beaucoup de travail de chanter et jouer en même temps. On fera peut être un concert avec un bassiste si on arrive à répéter. Il faut que les automatismes reviennent vite !


MOI : vu les sujets que vous abordez, l'époque d'aujourd'hui y'aurait de quoi dire ? On attend ceux qui vont niquer le système (rires)
QO : mais on n'est plus jeunes, c'est des jeunes qui doivent faire ça
SK : avant j'avais un cahier, je notais ce qui venait, et je gardais la moitié pour Imperial. J'ai plus d'idées.
MOI : j'ai mangé ta mère c'est un tube !
SK : oui mais ça c'est venu spontanément !
MOI : je trouve que "cyberanus" résume la critique de la société digitale mieux que tous les bouquins de sociologie sur le sujet !
SK : c'est cool (rires). Et par rapport au ton humoristique, plus on a dit que c'était absurde que...les groupes qui faisaient des textes humoristiques c'était de la merde plus ça m'a conforté dans l'idée ! Je vais vous en faire encore !
MOI : un petit mot pour la fin ? L'avenir vous voyez ça comment ?
QO : noir...
SK : moi j'attends la nouvelle étincelle
MOI : le nouveau punk
QO : moi j'ai envie de dire ça fait 25 ans qu'on vous dit d'écouter Imperial et vous le faites pas. Maintenant je dis "n'écoutez pas Imperial" et peut-être que vous le ferez ?

Le premier à gauche c'est moi (Pierre Avril) après y'a Skrow et Qojau...