Dis monsieur, dessine moi un Rock critic Numéro 1 : Laurent Lignon


INTERVIEW LAURENT LIGNON
« DIS MONSIEUR DESSINE MOI UN ROCK CRITIC NUMERO 1 »



INTERVIEW LAURENT LIGNON journaliste rock metal metallian




Qu’est-ce qui t’a amené, dans ta passion pour le metal, à choisir l’écriture journalistique ?

Rien de spécial. Je suis de l’époque des fanzines, et un de mes potes trouvait que j’écrivais bien. On discutait souvent et on faisait les critiques de disques “à la parole”, autour d’une bière. De fil en aiguille, il n’a pas fallu longtemps pour qu’il me propose de mettre ça par écrit. Mais je ne me suis jamais considéré comme un journaliste : je me considère juste comme un fan qui écrit pour d’autres fans.

Quelle est ta vision de l’envers du décor ? « le milieu » du journalisme rock et le milieu de la musique ? Ca doit être moins fun dans les coulisses, non ?
Je n’en sais rien, et pour tout dire je m’en fous. Je ne fréquente pas le milieu journalistique, ne vais pas aux soirées de l’ambassadeur. Je ne suis pas Philippe Manoeuvre. Les seules coulisses que je fréquente sont les backstages quand des groupes dont les musiciens sont des amis jouent. Et là, en général, c’est très fun dans les coulisses. Après, je ne vais pas nier qu'il y a des avantages même pour quelqu'un comme moi qui ne cours pas derrière. Mais, à moins de vouloir systématiquement s'intégrer dans le milieu en faisant le sycophante ou le Tartuffe,  ce n'est pas un milieu que je vois comme « toxique » ou « malsain » : l'envers est, de mon point de vue, le même que l'endroit et cela me convient parfaitement.

Critique Rock ou journaliste rock, pour toi, quelle est la différence, non dans les termes mais concrètement ?
Tout le monde peut faire une critique parce que tout le monde a un avis à donner sur un disque, un artiste. Et comme on le dit souvent : “la critique est aisée”. Un journaliste va plus au fond des choses, il doit être le plus possible 0bjectif dans l’analyse d’un album (ce qui n’empêche pas AUSSI d’être parfois subjectif) et l’on attend de lui que ses questions dépassent le simple : “Euh alors... C’est votre 32ème album, présentez-nous votre groupe svp ?” De plus, un journaliste doit être souple et ouvert : parler de ce que l’on aime c’est très bien, mais il faut être aussi capable de s’adapter et de parler de ce que l’on aime pas, et d’argumenter sur le pourquoi on n’aime pas. “C’est de la merde” n’est pas une critique, juste un avis personnel qui ne sera pas nécessairement partagé par d’autres personnes. Expliciter en disant « C'est de la merde PARCE QUE... » et argumenter son avis, c'est là que tu vas faire la différence entre le travail du journaliste et celui du critique. Du  moins, c’est comme cela que je vois ce métier.

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As-tu commencé par une formation de journaliste traditionnel ?
Non.

Quel a été ton parcours ? (Avant Metallian)

J’ai démarré vers 1993 en écrivant dans quelques fanzines dont l’Histoire n’a pas retenu le nom, et dont je ne dispose même pas moi-même des exemplaires, et j’ai continué sporadiquement durant les années 90. Le vrai déclic s’est fait lorsque j’ai enfin eu Internet : j’ai découvert les forums et les chat rooms, notamment l’officielle de Dimmu Borgir où j’avais été invité par un ami chilien vers 2003. De fil en aiguille, j’ai fait mon trou sur le Forum où j’ai fini par devenir modérateur, puis administrateur. Il y avait une section où les fans pouvaient chroniquer des disques, j’ai donc recommencé à écrire des pavés en anglais pour parler des disques qui m’intéressaient. Quand Dimmu Borgir a torpillé son propre Forum pour passer aux réseaux sociaux, j’étais déja passé à autre chose : Cryptic Madness, base de données et de chroniques Metal francophone sur laquelle j’ai fait un sacré paquet de chroniques à partir de 2004. L’ambiance sur le Forum était totalement WTF, on ne s’interdisait rien en terme d’humour ou de chroniques, et on avait quelques bons cas sociaux qui nous écrivaient parfois. Je suis resté sur CM jusqu’à la fin, grosso modo vers 2009 : à cette époque, j’avais déja recommencé à écrire occasionnellement dans des fanzines comme Devilement ou Skald !, et sur Doom-Metal.com. Je lisais Metallian depuis la période où c’était un fanzine écrit en anglais et imprimé au Canada, donc j’avais suivi leur évolution en magazine : j’ai vu qu’ils recherchaient des journalistes, et l’idée de postuler m’est venu suite à la chronique qui avait été faite du “Slow Transcending Agony” de Ataraxie. C’était un texte où l’on voyait que celui qui l'avait écrite n’était pas motivé par le disque, et avait écrit une série de phrases passe-partout sans vraiment donner d’avis. Personne, ou presque, ne parlait de Doom Metal dans les magazines français donc je me suis dit : “S’il faut qu’il y en ait un qui parle du style, autant que ce soit moi”. J’ai envoyé des exemplaires de mes interviews à Laurent Michelland, il m’a appellé en retour, le courant est super bien passé et voilà comment j’ai intégré l’équipe.

Si tu devais décrire les moments forts d’une rédaction telle que Metallian, au mois, à l’année ?

La période estivale, car c’est celle des festivals (on notera la beauté de la rime) : c’est la période la plus forte car il faut être sur le pont pour rendre les reports à temps tout en tenant compte que le mois de Septembre est celui dans lequel les labels sortent le plus de disques pour palier les mois d’été où en général le budget est consacré à autre chose.

Quelle école du journalisme te touche le plus, en tant que lecteur, en tant que pro ?

Le Gonzo. Hunter S. Thompson reste l’un de mes maîtres en la matière. Ce dont tu parles doit avoir un lien avec ta propre vie. Cela n’a aucun sens de parler de quelque chose dont tu n’as pas fait personnellement l’expérience.

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As-tu un journaliste rock, Metal en particulier, qui a été un modèle, un mentor, ou a tout simplement déclenché le désir de faire comme on dit « le même métier que lui ».

Non, personne n’a déclenché d’envie d’écrire. Mais il y a quand même des journalistes dont le travail m’a pas mal marqué en dehors de Thompson :
- Lester Bangs : le Maître Absolu, le plus grand journaliste Rock de l’Histoire. Point barre. Il n’y aurait pas de journalisme Rock sans lui. Ne te prétends JAMAIS journaliste si tu n’a jamais lu Bangs.
- John Peel : la même chose, mais en version audio. Peel a fait découvrir à des générations d’auditeurs lambda des trucs incroyablement extrêmes, et aux audteurs lambda des trucs comme le Dub. En plus, il écrivait super bien.
- Francis Zégut : le John Peel français, mais en beaucoup plus centré Hard Rock/Heavy Metal. On ne pourra jamais rien reprocher à un mec qui passait du Skyclad sur RTL.
- Phil Pestilence : en plus de 70% de ma culture Death Metal, je lui dois surtout, PRINCIPALEMENT même, le fait de m’avoir inoculé le virus du Doom Metal grâce à sa chronique du live 1990 de Candlemass dont la première phrase m’avait marqué au fer rouge : “Et si nous doomions ensemble dans la salle à manger ?” J’ai acheté l’album sur cette simple phrase, sans même connaître le groupe, par simple curiosité. Et le Doom Metal ne m’a plus jamais quitté depuis.
- Emmanuel Potts   : Aaaaah le bon Docteur Potts !! Je lui dois quasiment toute la base de ma culture en terme de Rock Indé' US et mon intérêt envers le Stoner grâce à ses chroniques de disques en import et sa rubrique « Forces Parallèles » dans Hard Force. Grâce à lui j'ai découvert Hüsker Dü et Sugar, les Meat Puppies, Les Thugs, Nomeansno (et tout Alternative Tentacles, en fait), Lard, Neurosis, Masters Of Reality, mais aussi The Obsessed entre autres… Si il n'avait pas parfois bon goût (il n'aimait pas My Dying Bride, le cuistre !!;p), il m'a ouvert un univers à la fois éloigné mais pourtant très proche du Metal traditionnel.
- Steph Hervé : Lui a complété le boulot de Potts en me faisant notamment découvrir certains trucs d'Electro-Industrial comme K.MF.D.M., le Dub , G.G. Allin, des trucs de Hip-Hop bien barrés (genre Onyx, The Gravediggaz, le Wu-Tang Clan…). Mais je lui dois surtout de très grandes découvertes littéraires comme Virginie Despentes (qu'il était le seul à défendre lorsque « Baise-Moi ! » est paru pour la première fois chez Florant-Massot), Jamie Delano ou Hubert Selby Jr. Un type de littérature qui non seulement correspondait à ma mentalité de l'époque, mais était aussi totalement en phase avec toutes les musiques différentes que je découvrais et écoutait.
- Olivier “Zoltar” Badin : Il représente l’archétype même du fan tellement motivé par sa passion qu’il a choisi et réussi à en faire son métier, sans jamais se détourner du but fixé, en ne se laissant jamais abattre ou rebuter par les difficultés. Il est arrivé là où il en est par sa propre volonté, et en plus il écrit bien sur un tas de sujets musicaux très différents. Des journalistes actuels (sous-entendu : de ma génération), c’est l’un des seuls dont je lis les articles avec grand plaisir, que ce soit pour ses travaux en français comme en anglais. Je dirais même que personnellement il représente une forme d’idéal d’écriture que j’essaie modestement d’atteindre à ma manière propre. Et puis en plus, c’est un mec super sympa dans la vraie vie.

On connait les grands noms de la critique rock, mais quelle est l’histoire de la critique Metal ?

Elle commence à la fin des années 70 avec les chroniques de Philippe Manoeuvre sur Motörhead et le Blue Oyster Cült, les articles de “Best” consacré à Iron Maiden et elle continue avec l’apparition des premiers magazines spécialisés comme “Enfer Magazine”, “Metal Attack” puis “Hard Rock Magazine”. Le reste, c’est l’ Histoire...

Pour toi, un bon journaliste c’est quoi ? Un bon journaliste Metal, c’est quoi ?

J’ai déja un peu répondu plus haut mais en gros : quelqu’un qui connaît bien le sujet dont il parle, qui dispose de suffisamment d’imagination pour éviter les lieux , de suffisamment de passion pour s’investir totalement dans son sujet et de suffisamment de recul pour pouvoir parler d’un disque de la manière la plus neutre possible. C’est aussi quelqu’un dont la passion reste le motivateur principal.

Quels ont été jusqu’ici, tes grands moments en tant que journaliste Metal ?

Si l’on excepte Tony Iommi, j’ai interviewé tous les grands noms qui ont fait le Doom Metal plusieurs fois : Dave Chandler, Wino, Lee Dorian, Leif Eidling, Bruce Franklin, Erik Wagner, Albert Witchfinder, Peter Vicar, les frères Maijala, Gaz Jennings, Aaron Stainthorpe, Nick Holmes, Greg MacIntosh, les frères Cavanagh, Bobby Liebling, Victor Griffin, etc... Au fil des ans, des rencontres et des interviews, certains sont devenus des amis comme Juha Raivio de Swallow The Sun ou Juhani Palomäki (R.I.P.) de Yearning/Colossus. Je pourrais t’en citer une centaine d’autres, comme Dani Filth avec qui c’est toujours un plaisir de boire un coup et de discuter cinéma, où les frères Cavalera à la période “Arise”, ou ‘Corpsegrinder’ Fischer (on fini toujours sur une grande conversation sur les comics d’horreur), et beaucoup d’autres. Mais c’est toujours vers le Doom que mes meilleurs souvenirs vont.

METALLIAN MAGAZINE LAURENT LIGNON INTERVIEW


De même as-tu eu des déceptions, as-tu vu tombé tes « idoles » ?

Jamais, car seuls Tony Iommi et Lemmy ont droit à ma vénération. Et ils n’ont jamais déçu.

Que préfères-tu comme forme d’écriture journalistique : chronique, interview, portraits, reportages ? Pourquoi ?

Aucune en particulier. Je m’adapte, comme j’estime que tout bon journaliste doit être capable de le faire. Mais dans ta liste, je dirais ‘interview’ tout simplement parce que j’ai tendance à les effectuer plus comme une simple conversation avec l’artiste que comme un jeu de questions/réponses. Et de toute façon, dans 99 % des cas l'interview tourne à la conversation entre l'artiste et moi dans les 5 minutes hahaha !! J’ai ma méthode, même quand je ne peux pas faire l’interview de vive voix, afin que cela ressorte toujours ainsi.

Subjectivité. Quelles sont les retombées lorsque tu écris une critique négative sur un groupe ?
(Retours  par Les fans/les groupes/Les labels : cela t’influence t’il ?)

Rien de spécial. Bien évidemment, avec l’avènement d’Internet, il y aura toujours quelqu’un quelque part pour dire que tu es un imbécile qui se la pète et n’y connaît rien, mais je m’en fous royalement. J’ai mon avis, que j’argumente, et les gens ont le droit de ne pas le partager et les groupes de ne pas l’apprécier. Mais je n’ai jamais aucun groupe qui m’a blacklisté pour une chronique, justement parce que j’argumente toujours mon avis. Je n’hésite même pas à dire à un groupe en interview que je n’ai pas été convaincu par l’album et pourquoi, et les musiciens préfèrent en général avoir quelqu’un qui est franc à ce niveau plutôt que quelqu’un qui va leur dire en interview “votre disque est génial” et ensuite faire une chronique négative. Par exemple, Christofer Johansson de Therion m’a remercié d’avoir été franc avec lui en ce qui concerne mon avis sur leur dernier album car pas mal de journalistes, notamment en Allemagne, avaient été assez hypocrites avec eux sur ce coup-là.

Objectivité/Subjectivité : comment gères tu ces deux « impossibles souhaitables » du journaliste rock et Metal ?

Très bien, merci :)
Il n’y a pas de secret, je  bosse  dur pour essayer d’être le plus objectif possible. Je décris un album, je dis ce qui selon moi va ou ne va pas, j’argumente en restant le plus neutre possible : ça, c’est l'objectivité. L’avis final peut-être légèrement subjectif, mais il sera toujours basé sur mes arguments précédents. Je ne me base pas sur le style pour dire si c’est bon ou non. Par exemple, je n’aime pas le Metalcore actuel (enfin , des 19 dernières années) mais je connais suffisamment le style pour pouvoir discerner si il y a de l’originalité, si les musiciens jouent bien, s'ils ont une personnalité propre et ne sont pas de simples copieurs... Bref, pour pouvoir dire si l’album est bon ou non. Que je ne l’aime pas n’entre pas en ligne de compte : je ne suis pas fan de Death technique, pourtant clairement Gorguts est un groupe phénoménal dont les derniers albums sont des chefs d’oeuvre... Que je n’aurais jamais chez moi parce que ce style de musique ne me parle pas.

La presse Metal. Comment décrirais-tu la presse Metal en en France ? À l’étranger ?

Vu qu’il n’y a que 2 magazines en France (Rock Hard et Metallian), je dirais qu’elle est au mieux moribonde chez nous. Paradoxalement, nous avons en France plein de fanzines de qualité qui se portent très bien. C’est différent à l’étranger, où la presse Metal se porte relativement bien : c’est dû à la fois à des différences culturelles très profondes (la Finlande est par exemple un pays dans lequel le Metal est la musique mainstream locale) mais aussi parce que l’exigence des lecteurs en terme de qualité est beaucoup plus élevée : un lecteur allemand attendra d’un magazine beaucoup plus qu’un lecteur français. L’autre truc important à noter est qu’en France, les nouvelles générations de fans étaient beaucoup plus accros aux webzines d’abord, et aujourd’hui aux Youtubeurs Metal, plus qu’aux magazines imprimés. Et même si les webzines sont un prolongement du magazine physique, avec leurs qualités et leurs défauts, ils ont permis de révéler une génération d’excellents chroniqueurs comme Sakrifiss de Transylvanie ou Glaume. Alors que les Youtubeurs semblent représenter l’alternative ignorante au webzine : parfois, on se croit dans “Idiocracy” ! En parallèle, il y a une vraie fracture en France entre la scène Metal ‘grand public’ des Hellfest et Download et celle plus Underground. On a l’impression chez nous qu’il y a en fait deux scènes diférentes, qui ne se supportent qu’à peine et se mélangent rarement. Phénomène que je ne retrouve pas à l’étranger.

Es-tu investi aussi dans la production, joue-tu dans un groupe ?

Non et non

Est-ce qu’un bon fan de Metal peut faire un bon journaliste Metal ?

S’il a les capacités que j’ai cité plus haut, alors oui. Sinon, il finit Youtubeur et participe à l’aliénation et la dégradation de la scène en balançant des tombereaux d’idioties souvent ignorantes qui seront reprises en amplifiées par d’autres.

Actuellement, si tu devais citer un modèle de Magazine étranger, dans ton domaine, ce serait lequel ? Un journaliste qui t’impressionne ?

Terrorizer Magazine était un modèle pour moi à l’époque, remplacé depuis par Decibels Magazine et Zero Tolerance pour ce qui est des magazines anglophones. Pour les magazines étrangers non-anglophones, Miasma Magazine reste un modèle de magazine consacré strictement au Metal extrême.
Pour les journalistes, j’ai déja répondu plus haut :)

Le milieu Metal, tu le vois évoluer à travers ton lectorat, celui de Metallian, quelles sont tes observations personnelles à ce sujet, depuis que tu sévis ?

Comme dit plus haut, le lectorat (et la scène dans son ensemble) est en France divisé en deux factions dont on se demande parfois si elles sont compatibles. La recrudescence de Youtubeurs participe beaucoup à cette fracture, car 99% d’entres eux sont soit totalement ignorants de ce dont ils parlent, soient souvent motivés par des petites rancoeurs personnelles et une forme de mesquinerie. Il y a excessivement peu de Youtubeurs que je trouve intéressant : mon favori est probablement Sakrifiss de Transylvanie, car il allie une culture particulièrement pointue du sujet dont il parle (le Black Metal) avec un recul et un humour bien particulier qui lui permettent de ne pas faire le donneur de leçons.

Quand un petit jeune te demande quelles sont les qualités requises pour devenir le prochain Laurent Lignon, un jour, tu lui réponds quoi ?

Il n’y en a pas, parce que je suis unique :)
Blague à part, les qualités que j’ai déja cité plus haut couplées à une énorme dose de passion et de connaissance du sujet. Être passionné d’un style musical c’est bien, mais sans la connaissance du sujet on ne finit par sortir que des conneries et à devenir Youtubeur pour créer d’autres gars aussi idiots que soi (genre « Metalliquoi ? »). On peut se passer d’une telle évolution.

Pour toi, une bonne interview, c’est quoi,  c’est comment, tu as un exemple mémorable ?

Une bonne interview est celle dans laquelle l’artiste se sent tellement en confiance qu’il va te parler de trucs personnels auxquels tu n’aurais pas pensé mais qui sont intéressants. La meilleure interview est toujours celle qui sort du canevas question/réponse. J’ai donné quelques exemples plus haut d’interviews mémorables, mais l’une de mes préférées reste avec Matt Pike de High On Fire/Sleep : on convient d’un rdv téléphonique et lorsque j’appelle, il était en pleine teuf, totalement défoncé et bourré... L’interview a très vite dévié sur des trucs complètement WTF comme les complots reptoïdes, les anciens Atlantes qui auraient infiltrés le congrès US, etc...  Bizarre, mais très fun et Matt est un gars réellement sympa dans la vraie vie quand il est dans son état plus ou moins normal.

Combien de fois écoutes-tu un disque avant de le chroniquer ?

4 fois minimum. En général, j’écris la chronique durant la 4ème écoute.

Combien de kilos de musique te mets tu dans les oreilles chaque jour ?

Entre 3 et 5 heures. C’est variable, ça dépend de beaucoup de paramètres. Mais j’ai toujours un truc à écouter à un moment ou à un autre.

Comment définirais-tu « la culture Metal » ?

Connaître la scène, aimer la scène, s’investir dans la scène. Pour paraphraser Euronymous : “Nous n’avons pas besoin de plus de touristes, nous avons besoin de plus de fanatiques”

Tu travailles aussi sur des fanzines. Peux-tu nous en parler et nous dire ce que cela t’apporte de différent de ton travail dans Metallian ?

Plus de libertés en terme d’espace et de contenu. En temps que magazine financé en partie par la publicité, Metallian est dépendant des sorties des gros labels (c’est pareil pour Rock Hard, sauf que eux travaillent avec des labels beaucoup, beaucoup plus gros que Nuclear Blast ou Century Media), du coup on donne la place à des groupes majeurs comme Testament, Cannibal Corpse ou Watain, ce qui est logique. Et forcément, il faut de la place pour mettre autant de monde dans chaque numéro. Un fanzine n’a pas ce genre d’obligations : on y interviewe qui on veut, comme on veut et ça dure le nombre de pages que l’on veut.  Cette grosse liberté supplémentaire se traduit par le fait que l’on va toucher un public beaucoup, beaucoup plus restreint : mais est-ce vraiment un mal ? Le lecteur d’un fanzine est souvent plus exigeant que le lecteur d’un magazine, et souvent aussi autant connaisseur (sui ce n’est plus) du sujet que celui qui fait l’interview. En conséquence, il faut souvent lui en donner plus.

Quel groupe rêves tu encore de rencontrer (ou n’as-tu pas encore eu l’occasion de rencontrer) ?

J’ai rencontré tous les groupes de mes rêves au minimum une fois, même les plus grosses stars US. Les seules personnes que je souhaite pouvoir interviewer un jour sont Tony Iommi (ce qui se fera peut-être) et Rozz Williams (ce qui restera un rêve).

Tes 25 groupes préférés/Labels/Livres sur le Metal/Films sur le Metal ?

Groupes (juste le Metal, par ordre alphabétique) : Angra, Beherit, Black Sabbath, Candlemass, Cult Of Luna, Darkthrone, Darvulia, Entombed, Evoken, Godsend, Iron Maiden,  Katatonia, Killers, Malhkebre, My Dying Bride, Neurosis, Paradise Lost, Pentagram (US), Saint-Vitus, Saxon, Sentenced, Solitude Aeternus, Thergothon, Trouble, Yearning…
Labels : I Hate Records, Triumph Ov Death Records/La Fin Du Monde, Firebox Records/Firedoom, Alternative Tentacles, Neurot Recordings, Forgotten Wisdom Productions, Infernö Records, Emanes Metal Records, Temple Of Mystery Records…
Livres : tout ce qu'écrit Dayal Patterson, plus « The Devil's Cradle » et « Doom Metal Lexicanum »
Films : Detroit Rock City, Wayne's World 1 et 2, The Decline Of Western Civilization Part 2 : The Metal Years, Hardware...

Si tu n’avais pas fait ce métier, tu aurais fait quoi ?

Poronhoita Suomen Lapissa... Je te laisse le plaisir de découvrir par toi-même ce charmant métier :)

Comme le disent certains musiciens, est-il vrai, pour toi, qu’un auteur ou un journaliste Metal ou Rock est un « musicien frustré » ? Cela t’atteint-il quand tu lis ou entends cela ?

Non, totalement rien à foutre.

Ton proverbe préféré ?

“Tout vient à point à qui sait attendre”

La musique que tu détestes le plus au monde

“Il n’y a pas de mauvaise musique, juste de mauvais musiciens.”
C’est ce que je disais avant de découvrir l’existence du Crunkcore, et je dois dire que cette découverte m’a fait très radicalement changer d’avis depuis :)

A part le Metal, tu aimes quoi comme musique ?

Un peu de tout, même si mes préférences majeures vont vers des genres appartenant à ce que les allemands appellent ‘Schwarze Scene’ : Gothic Rock, Post Punk, Heavenly Voices, Darkwave, Coldwave... En fait, j’en écoutais déja avant de découvrir le Metal, et je n’ai pas cessé après ma découverte de la musique aux Décibels chevelus.  Musicalement, je ne me limite pas : si j’écoute un morceau qui me plait, j’approfondis et j’achète le disque si réellement ça me touche d’une quelconque manière sans tenir compte du style. Il y a toujours des styles que je préférerais toujours plus que d’autres, ceci dit.

Espace vierge : exprimes toi librement ici 

Rien de plus à dire que “Salut, et merci pour le poisson... Et l’interview” ;)



Merci Laurent J


Allez, en l'honneur de Laurent, un petit coup de Doom Metal pour finir, le fabuleux album de Candlemass " Nightfall" !


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