FRENCH METAL : Interview d'Arno Strobl (Freitot, Carnival in Coal, We All die Laughing, 6:33)


ARNO STROBL

ARNO STROBL


Bonjour Arno, et tout d’abord un grand MERCI d’avoir accepté de répondre à quelques questions pour « le scribe du rock » c’est vraiment cool de ta part. De plus, avec ton accord, cette interview sera aussi reproduite dans mon prochain livre « Scum, une histoire du Grindcore » au Camion Blanc, dans lequel je réserve un chapitre à Carnival In Coal.
Commençons donc par le commencement. Tu fondes Carnival In Coal en 1997 à Amiens, c’est bien ça ? Ton camarade de jeu est  Axel Wursthorn, qui se charge des instruments alors que tu fais plein d’acrobaties au micro. Peux-tu nous parler un peu de vos premiers projets, House Of Wax et Extravaganza ?
Notre première démo (Sramik) est sortie en 1997, mais l'idée de Carnival est née en 1995. Auparavant, Axel et moi avions effectivement fondé consécutivement House Of Wax et Extravaganza. House Of Wax était un groupe de fusion/thrash influencé par toute la scène de l'époque (Faith No More, Mindfunk, Suicidal Tendencies, Mordred et bien d'autres). Le groupe a changé de nom en 1993 pour devenir Extravaganza, qui jouait à peu près dans la même cour mais avec un côté un peu plus sérieux, plus évolué. Devant le peu de succès de ces deux formations nous avons décidé un beau jour de n'en faire qu'à notre tête et de monter Carnival, en imaginant que ça n'allait faire rire que nous. A notre grande surprise, c'est là que les choses ont commencé à marcher.

 Carnival in Coal, donc, voit le jour en 95 et va marquer un public sensible à une forme de musique hybride, fusion de styles improbables, telle que déjà entraperçue chez Mr Bungle. Quelles sont vos influences au départ et qu’est-ce qui vous pousse vers autant de genres musicaux différents ?
Mr Bungle a clairement été un déclencheur, de même que Pan-Thy-Monium. Ces groupes nous ont fait prendre conscience que tout pouvait se mélanger, qu'il suffisait d'oser. Nous avons donc eu envie de devenir le chaînon manquant entre Mr Bungle et Morbid Angel, car nous écoutions tous les deux absolument de tout (classique, jazz, disco, funk, chanson française, bandes originales de films, hard, heavy, thrash, death, black, grind etc etc...). Nous souhaitions faire quelque chose d'extrême qui ne ressemblait à rien, sauf à la variété de nos goûts.

Carnival In Coal Band

Dans Carnival, il y avait des passages bien grind par moments, quel(s) groupe(s) de Grind écoutais tu à l’époque (et maintenant) ? Mr Bungle : comment les découvrez-vous ? A quel point vous ont-ils influencés ?
Le premier choc grind, c'est lorsque Axel a achèté un CD regroupant « Reek Of Putrefaction » et « Symphonies Of Sickness » de Carcass. Nous avons adoré les deux mais le second a eu une influence certaine sur nous. Nous avons également beaucoup écouté « A Chapter Of Accidents » de Dead Infection, et je crois que c'est à peu près tout. J'aimais beaucoup aussi Clotted Symmetric Sexual Organ, un groupe japonais complètement perché. On n'avait pas forcément besoin d' écouter beaucoup de grind en fait : à partir du moment où on avait réussi à comprendre les codes du style, il était plus intéressant pour nous d'essayer de nous y mettre plutôt que d'écouter des démos d'Agathoclès hahaha ! Nous avons découvert Mr Bungle avec leur premier disque. Au départ je n'aimais pas ça du tout, je trouvais l'album bordélique et trop chargé. Et puis au fur et à mesure, je suis devenu complètement obsédé par leur musique, et aujourd'hui, je crois pouvoir dire qu'il s'agit de mon disque préféré, tous styles et toutes époques confondus. J'adore également Disco Volante et California. Ca ressemble vraiment à la façon dont je conçois la musique : décomplexée et sans carcans.


Après une première démo, Sramik, qui a de bons échos à l’époque, vous sortez votre premier album Vivalavida en 1999. Moi je vous découvre sur le sampler de Hard rock mag, et je ne comprends pas ce qui m’arrive ! J’écoute l’album et waouh ! Vous mélangez black metal, grindcore, death metal, disco, electro, reggae etc dans un grand bain de ce que l’on baptisera plus tard le nawak metal. On comprend bien qu’il y a une forte dose d’humour chez vous, mais c’est super bien joué et les chansons sont bonnes. Quelle était la dose de déconne et de sérieux chez vous à cette époque et que penses-tu de cet album presque vingt ans après ? (d’ailleurs préparez-vous un truc spécial pour les 20 ans ?)
La dose de déconne était énorme, on cherchait à se faire plaisir avant tout et à nous faire marrer mutuellement Axel et moi, mais toujours en ayant à l'esprit de faire les choses bien et que ce ne soit pas « juste de la plaisanterie ». Il était capital pour nous que les personnes reconnaissent également la qualité de la musique, aussi bien dans le metal extrême que dans les passages funk. On ne voulait pas juste faire une bonne blague, et c'est aussi pour ça je pense que l'album peut toujours s'écouter 20 ans plus tard sans être trop obsolète, même si la production est très loin des canons actuels. J'adore toujours ce disque. Axel et moi aujourd'hui sommes fâchés mais pour les 15 ans de l'album, en 2014,  j'ai réuni une fine équipe de musiciens sous le nom de CinC afin de rendre hommage à Vivalavida. Nous avons interprété l'album en intégralité plusieurs fois dans différentes villes et si tout va bien, pour les 20 ans (donc l'an prochain), un DVD live sortira avec une très bonne captation d'un de ces concerts et quelques bonus. Ce n'est évidemment plus Carnival in Coal puisqu'Axel n'est plus de la partie, mais c'est un très bon « tribute » à la musique du groupe, avec la moitié de son line-up en plus ! Haha.

 Ne penses-tu pas que nous avons eu beaucoup de chance de vivre les années 90, qui ont quand même donné une créativité débridée a beaucoup de groupes et une vraie envie dans le public de tout mélanger ?
Complètement ! Et cette période me manque à crever. Comme nous sommes en pleine époque de revivals, je n'attends qu'une chose : le revival de la fusion !
 La même année (99) vous sortez un album de reprises incroyable, French Cancan sur lequel vous reprenez le « mama » de Genesis (plutôt fidèlement d’ailleurs !), mais aussi du Pantera, Morbid Angel (ce « fall from grace » !!!) mais aussi Ozzy Osbourne ou le « maniac » de Michael Sambello. Quel regard as-tu sur cet exercice de style aujourd’hui ?
Je suis plus partagé sur French Cancan que sur Vivalavida. Tout n'est pas de qualité égale et nous l'avons sorti peut-être un peu vite. Le son est aussi plus léger. Je suis très fier des reprises de Morbid Angel et d'Afric Simone, mais un peu moins de celles d'Ozzy et de Pantera que je trouve plus anecdotiques. Quant à « Maniac », j'en ai par-dessus la tête, mais ça reste un titre que les fans du groupe aiment entendre en concert et bien évidemment, on ne peut pas passer outre sans risquer la lapidation.


En 2001 vous sortez un nouvel album, Fear Not…Carnival in Coal. S’il reste dans la lignée hyper éclectique du premier, on y remarque globalement une ambiance plus sombre, moins « clownesque ». Envie d’être pris au sérieux ? (En termes de qualité musicale je trouve que cet album est vraiment immense…)
Là encore, je ne suis pas très client de ce disque, paru trop vite et dans une période où je n'étais vraiment pas au mieux de ma forme (c'est un euphémisme), d'où l'ambiance plus sombre. Ce que je préfère dans ce disque, c'est sa pochette. Si nous avions gardé uniquement  l'essentiel nous aurions pu sortir un très bon EP.
En 2005, vous sortez Collection Prestige, votre dernier LP à ce jour. Il apparaît comme un retour au grand nawak du premier album. Qu’en penses-tu ? Comment expliques-tu cette évolution ?
Collection Prestige est selon moi LE disque qui aurait dû succéder à Vivalavida. Je l'adore, je le réécoute souvent, et les compos comme les textes me paraissent faire partie de ce que nous avons fait de mieux. Nous avions eu le temps de souffler, de réfléchir un peu à notre musique, d'aller encore plus loin dans le mélange des genre, et de repartir sur des bases solides. Je m'étais refait une santé, aussi. C'est d'ailleurs suite à cet album que nous avons enfin accepté de faire de la scène à force d'être harcelés par un ami, Fabien « Fack » Desgardins, qui va revenir plus loin dans la discussion puisqu' aujourd'hui nous sommes très liés lui et moi par plusieurs projets.
 Les comparaisons avec Mr Bungle et Faith No More (notamment le côté Mike Patton) ont dû vous saoûler à la longue, non ?
Oui et non. C'était de toute façon presque inévitable. Il ne tenait qu'à nous de singer Satan Jokers si nous ne voulions pas essuyer ce type de critique. Nous jouions une musique un peu « OVNI », et la seule grosse référence que les gens avaient dans ce style était Mr Bungle. Quant aux comparaisons avec Patton, jusqu'à preuve du contraire, c'est plutôt flatteur que désagréable... J'ai eu l'occasion d'en parler avec lui et ça l'a fait marrer car à ses débuts on le comparait à Anthony Kiedis des Red Hot, et il le détestait. C'était donc plus compliqué à assumer pour lui que ça l'a été pour moi. 
Tu collabores en 2012 avec le groupe 6:33 pour un EP particulièrement réussi. Tu peux nous en dire un mot ? 6:33 t’est-il apparu à l’époque comme un « successeur » de Carnival In Coal ?
Nous ne nous sommes pas arrêtés à un EP : Dans la foulée nous avons sorti l'album The Stench From The Swelling. J'ai accepté parce que les titres étaient fantastiques et que les membres du groupes étaient des gens géniaux et adorables. Je n'ai jamais vraiment cherché à établir de comparaison entre 6:33 et Carnival, même si bien sûr il est évident qu'il y a des choses qui se recoupent et que les deux groupes peuvent avoir un public commun. J'ai adoré bosser avec eux et l'album que nous avons fait ensemble fait partie des disques dont je suis le plus fier. Il y a toujours une petite frustration de ne pas avoir pu le défendre sur scène comme je l'aurais souhaité, mais je suis toujours en contact régulier avec Manu et Nicko de 6:33 qui font partie de ma famille de cœur, et je pense qu'un jour ou l'autre nous reviendrons tous les trois avec un projet bien à nous, en marge de nos autres activités musicales.

6:33 band

En 2014 tu montes le « supergroupe » (ps : expression de merde) Freitot (mort libre en allemand) avec le batteur d’Aqme, Etienne Sarthou, et Fack de Benighted à la guitare. Vous pratiquez un death metal old-school tapant dans à peu près toutes les tendances du genre façon années 90. Je t’avoue ma surprise de voir un type aussi barré et capable de mille choses que toi vouloir « s’enfermer » dans un genre aussi codifié (n’empêche que l’album est excellent ) ?
Les choses ne se sont pas passées comme ça, je n'ai rien monté du tout hahaha. C'est Etienne qui a écrit et enregistré tout cet album : guitare rythmique, basse, batterie. Il a ensuite longtemps cherché un chanteur et mon très cher ami Nicolas de Kaotoxin (Xenokorp aujourd'hui) nous a mis en contact car il savait que je rêvais d'enregistrer un disque de death old school. C'était un vrai fantasme pour moi de faire tout un disque sans chant clair, et qui rende hommage aux racines du genre. J'ai donc sauté sur l'occasion. En revanche, je plaide coupable en ce qui concerne l'intégration de Fack. Etienne cherchait un soliste, et j'en avais un sous la main. Fack est un de mes meilleurs amis, il joue dans CinC, il joue en live dans We All Die (Laughing) (un autre de mes projets), bref, je l'embringue dans tout ce que je fais car j'aime faire tout cela avec des proches, des amis, la famille, et Fack est un frère. La musique ne me rapporte rien en termes de « revenus ». On peut dès lors considérer cela comme un loisir, même si c'est un loisir vital pour moi. Dès lors, comme tout loisir, je ne le partage qu'avec des gens que j'aime vraiment, avec qui je sais que je vais me marrer et être sur la même longueur d'onde. L'album de Freitot est un bon exemple : le logo, la photo de la pochette et la mise en page du livret ont été intégralement confiés à des amis ou à de la famille. Je ne conçois les choses que comme ça.

FREITOT BAND

 Y’a-t-il un effet « vintage » qui pousse un peu tout le monde ces derniers temps à regarder dans le rétroviseur ? Retro-rock, occult doom, Stoner, heavy et thrash 80’s, retour du vieux death, on dirait que l’ère n’est pas à l’innovation. Qu’en penses-tu ? Envisages-tu tout de même de ressortir un truc (avec carnival ou autres) façon « tête chercheuse » comme dans les 90’s ou crois-tu que nous avons définitivement fait le tour de tout en matière de metal ?
Je crois vraiment que tout est cyclique, d'où mon espoir de voir revenir en force la scène fusion (ou nawak, si tu préfères). Les gens ont besoin de repères, et nous sommes dans une période troublée où le « c'était mieux avant » prédomine. Les vestes à patches et les jeans extensibles sont redevenus hype. Ca me convient parfaitement ! Je ne ressortirai jamais rien sous le nom de Carnival in Coal car l'entité à deux têtes qu'était le groupe est aujourd'hui moribonde, mais je reste en permanence ouvert à la moindre idée débile qui va pouvoir m'emballer et m'amuser. Je n'ai pas dit mon dernier mot et j'ai des tas de projets sur le feu avec diverses personnes. Mes seuls buts sont de me faire plaisir et de faire les choses bien pour que les gens qui aiment ce que je fais puissent eux aussi prendre du plaisir. Ca ne va pas plus loin que ça, mais si ces deux conditions sont remplies, j'estime que c'est déjà pas mal.



Encore un grand merci à toi pour le privilège que tu me fais !
Merci à toi Pierre pour cette très bonne interview. 



 POCHETTE DU PREMIER ALBUM DU GROUPE D'ARNO WE ALL DIE LAUGHING, DEUXIÈME ALBUM EN PRÉPARATION !
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