VOCIFERIAN Black/Death Metal : Interview






INTERVIEW AVEC ADRIEN WEBER


Pour Fêter Halloween, ou Samhain, quelle que soit votre préférence, ou tout simplement pour parler de bon Black Metal, j'ai eu la chance d'interviewer tout récemment Adrien Weber, aka Lord Genocide, leader de Vociferian, groupe culte de Black/Death Metal mais également de nombreuses autres formations que nous avons évoquées ensemble alors même que ce dernier ne donne plus d'interviews. Bonne lecture et bon passage dans l'autre monde...

Bonjour Adrien, peux-tu te présenter à nos lecteurs ? Qui es-tu, d’où viens-tu ? Quelles sont tes influences musicales ?

Sait-on jamais qui nous sommes vraiment ? Une vie entière n’est certainement pas assez pour achever une telle quête... Mais je peux peut-être mieux te parler de « Lord Genocide » ainsi que de l’égrégore malséant que représente très certainement Vociferian.

Il s’agit d’un one man band de Black Metal né français (dans le département de la Marne, petit village de Soudron, ma terre natale) en 1998, d'une volonté d'isolement, de laideur et décrépitude sonore. Pour propager cet esprit irrévérencieux et cette noirceur intimiste par un seul et même corps et temple introspectif. Le groupe se reflétant à travers de nombreuses mues successives, ne revêtant jamais deux fois la même peau à travers chacune de ses œuvres. D'une âme rêche, crue et rugueuse, à la bestialité la plus primitive en passant par des ornements et entrelacs lyriques et mélodiques plus épiques mais toujours sinueux et teintés d'une aura "punk" au concept sans compromis.





À ce fil rouge apocalyptique s'est greffé à mesure du temps de nombreuses entités non moindres dans cette scène en particulier. Le cercle des démons ne s'arrêtant pas à un seul visage. Conjüratör, Goatholocaust, Lüger, Aliénante Damnation, Macabra, Archaic... autant d'autres têtes d'une hydre qui ne font qu'un...

   Premier constat, tu as joué dans un nombre conséquents de projets, souvent en one man band ou en duo (Vociferian, Ebauche Noire, Alienante Damnation, Macabra, Conjuratör, Archaic, Widomar, Deathcode of the abyss, Lüger, Goatholocaust, CruxDissimulata (si j’en oublie ajoute-les). Première question : qu’est ce qui t’a fait opter pour la formule du one-man band si souvent, n’as-tu jamais souhaité intégrer ou créer un groupe ?

J’ai intégré plusieurs formations auparavant au cours de mon adolescence. Le constat comme le verdict ont été  assez sans appel. Il fallait que je crée seul, en parfaite indépendance et autarcie. Que je puisse avoir le contrôle sur toutes les phases, autant dans l’inspiration, la composition, l’écriture que dans l’ « immortellisation », la capture des ouvrages musicaux eux-mêmes.

Le manque de motivation, les querelles et autres intérêts divergents comme fallacieux ou complaisants, d’autres acteurs potentiels autour de mes efforts et mon investissement personnel profond ne pouvaient pas fonctionner et auraient corrompu ce travail acharné.

Et même si la mode (pour beaucoup de one man band qui sont passé à un autre stade) est à faire l’emprunt de musiciens de sessions pour rendre possible le live par exemple. Je ne serais pas de ceux qui céderont à cette tentation. Je n’aurais qu’une ligne de conduite et ne la trahirai jamais.



   Beaucoup de black metal, du black/death avec Vociferian, du funeral doom avec Archaic, du death metal avec Macabra. Qu’est-ce qui préside à tes choix musicaux lorsque tu entames un projet ?

En réalité c’est très instinctif. Il y’a aussi tous les projets que j’ai imaginé mettre en œuvre et n’ai au final jamais concrétisé. Pour Macabra par exemple, c’est ma rencontre fortuite avec Mark Riddick qui m’a laissé l’opportunité de lui proposer de mettre en œuvre ce groupe de thrash/death sans fioriture, tout à fait spontané, et sans le penser, concevoir ni y réfléchir vraiment.
On me demande souvent « Mais pourquoi tant d’entités différentes ? N’était-ce pas possible sous un même nom ? ». La réponse est simple : NON. Car chacune de ces émanations possède sa propre identité et ne peuvent absolument pas être confondues. Même si elles font bel et bien parties d’un tout, d’une bête viscérale, d’une légion…

   
   Beaucoup de ces groupes sont aujourd’hui « en sommeil ». Lesquels pour toi sont encore actifs (au sens ou tu prévois de nouvelles sorties avec eux ?)

Nous préparons une réédition vinyle pour le second album de Lüger chez Von Frost Records par exemple, même si le groupe est arrêté depuis des années. Les gens semblent avoir réalisé ce que nous avons essayé de faire avant beaucoup d’autres en France avec ce groupe il y’a 15 ans maintenant. Lorsque le black/death n’avait pas sa place aux yeux d’un black metal élitiste, capricieux et arrogant dans l’hexagone. Quand aujourd’hui tout le monde passe après la guerre et crée son groupe sur base de sa culture youtube… un nouveau groupe nommé « Goat-bidule » sort chaque jour désormais. Tout cela n’a plus aucun sens. Où étaient-ils lorsque qu’il a fallu se battre pour se faire entendre envers et contre tous ?!

Nous préparons aussi  deux belles sorties pour Vociferian entre autres. L’une sera la version cd sous un format assez spécial du dernier album du groupe : «  o d o  r a  ». Et qui comportera un titre exclusif assez particulier, car il marque une certaine transition. à la fois la clôture du groupe après 20 années de bons et loyaux services. Mais aussi le début de mon avenir musical dans tout autre contexte. Ce titre est acoustique et chanté, ce qui est assez radical vis-à-vis des précédents matériels de la formation.

Enfin et non des moindres. Nous préparons la réédition sur format vinyl LP de l’album Beredsamkeit de Vociferian qui sortira cette fin d’année 2018 chez Adipocere Records. Notre rencontre avec Christian à été aussi naturelle que florissante. C’est un peu la boucle qui se ferme. Comme j’ai acheté mon premier album de black metal chez eux (c’était le « Battles In The North » d’Immortal). Très fier de rejoindre ce label français mythique. Lors de notre rencontre nous avons d’ailleurs parlé de l’âge d’or du label. Christian m’a notamment confessé reconnaître l’attitude de Corven (Nehëmah) dans ma manière d’envisager la scène comme mon travail. Nous partageons ce désir d’intégrité indéfectible apparemment.

    De nouveaux projets sur le feu ? Lesquels ?

Ma nouvelles ambition si elle en est-une, est d’ouvrir l’horizon, de sortir des codes remâchés et des carcans de l’archétype et du préétabli.

Je me tourne vers mes premiers émois musicaux. Avec des groupes de rock, de punk, du blues aussi.

Un matériel est presque fini en écriture et composition. Le nom du groupe à beaucoup changé dans mon esprit depuis que ce besoin s’est fait sentir. Mais il est désormais fixe et solide, cela va s’appeler : «  Misguiders »

       Quels sont tes groupes préférés ? Lesquels t’ont le plus influencé ?

C’est extrêmement difficile de répondre à une pareille question comme je suis plutôt éclectique. La liste serait réellement interminable. Mais par exemple sans Burzum ou Darkthrone, que serait la face véritable du genre. Sinon mon groupe favoris absolu est Guns N’ Roses et tous ceux qui me connaissent bien ne le savent que trop (rire).

  Où trouves tu tes nouvelles idées ? Dans la nature, les réflexions personnelles ?

Ça va peut-être sonner niaiseux comme le diraient les québécois. Mais dans la vie de tous les jours, dans les moments d’adversité, l’intensité du sens de la famille, la nature aussi oui tout à fait. Mais également dans l’analyse de l’Homme et de ses aspects les plus sombres, tortueux et insaisissables.

    Avec Archaic, tu as plongé dans les abysses du Funeral Doom, un genre que je vénère particulièrement. Quelles étaient tes intentions avec ce projet ? Des groupes particuliers que tu apprécies dans le style ?

En fait avant de connaître le black metal je préférais les choses charpentées, profondes et abyssales. Le death metal lourd et le doom (Cathedral, Winter, Phlegethon et j’en passe) ont été une influence très importante dans mon « cursus » et ma découverte du metal extrême. Mais aussi les traits presque autistiques présents dans le travail d’Abruptum pour ne citer qu’eux. On retrouve les deux aspects sur chaque démo d’Archaic qui ont été réunis sur la compilation que chacun connait. On vient régulièrement me trouver pour me dire « merci d’avoir osé le funeral doom raw et authentique », là ou encore une fois peu d’autres s’étaient aventurés avant.



  Vociferian a pratiqué un black/death redoutable. Tu as annoncé chez Metallian que tu ne sortiras plus de nouveautés avec ce groupe. Est-ce un non définitif ?

C’est effectivement réfléchi et ferme. Car avant tout je souhaite ne pas compromettre l’aura du groupe. C’est important à mes yeux comme pour le respect de mes fans inconditionnels. Je souhaite faire quelque chose de différent. Mais je n’aurais pas la malhonnêteté de le faire sous le nom de Vociferian sous prétexte que le travail de reconnaissance est en partie fait pour ce dernier. Ce serait la facilité, je préfère prendre le risque que mon nouvel arrivant n’intéresse pas que d’agir de la sorte. Je n’ai jamais fait de la musique pour plaire, et cela ne va pas commencer. Je n’aime pas être là où on m’attend et encore moins refaire ce qui a déjà été exploré.

Il y’a ce titre de «Mother Love Bone « Man Of Golden Words » qui représente la quintessence absolue de ce qu’est le rôle de la musique au sens de tout connaisseur et musicien. Cette force universelle. Utiliser l’instrument comme le texte pour ce qu’ils sont et ce qu’ils ont a délivrer d’expression et d’émotions sincères. Tout simplement.

  Ebauche Noire pratique un genre de Black Metal très original, avec beaucoup d’influences différentes, peux-tu nous en dire plus ?

EN est en réalité la suite d’Aliénante Damnation après une expérience cathartique intense. Celle de l’attente et la naissance de notre enfant. Un tel bouleversement spirituel pour lequel j’ai consacré ce groupe et cet opus entièrement.

Les influences sont multiples, cela va de la scène necro norvégienne en passant par Sonic Youth, Sol Invictus ou Neurosis. J’aime mélanger ce que d’autres trouveraient in-mariable. Non pas pour le concours ou dans une sorte de compétition, mais parce-que mes inspirations et flux influenciels se mêlent de la sorte tout à fait instinctivement. Quand je compose ou j’écris, je peux me réveiller en pleine nuit pour enregistrer un air que j’ai rêvé au dictaphone par exemple. C’est le cas de l’intro et l’outro piano de l’album « o d o r a » de Vociferian. Et c’est pareil pour l’écriture. Si l’inspiration me frappe je peux me lever et passer une nuit blanche à tourner mes textes. Je pense qu’on peut parler de « possession », de pulsion irrésistible en ce sens. « Je dois / et non j’aimerais ». En cela le processus ce déroule dans une certaine douleur latente.


C’est quoi pour toi le BM en 2018 ? Fais-tu partie de ceux qui pensent que c’est mort ?

Pas du tout. Par exemple, mon départ de la scène n’est surtout pas à interpréter comme une battue en retraite, ni un acte prônant le « passéisme » ou le « c’était mieux avant ».

C’est vrai que l’esprit initial à souvent été malmené, notamment par sa sur-accessibilité ces dernières années. Ce qui crée des « admirateurs » factices de surface à la « culture streaming » peu profonde, googlée en deux minutes sur le web. C’est ce type de comportements qui émousse et entache la lame tranchante de ce genre musical qui se voulait pourtant dangereux, clandestin et assassin. PAS POUR TOUS ! Pour preuve le ou la jeune auditrice de metal extrême qui commence aujourd’hui  cette musique avec Behemoth, Batushka ou Mgla et pense connaître l’underground alors qu’il ne perçoit que le haut du panier. Certes intéressés, mais qui ne creusera pas plus bas et se satisfera de garder les apparences et de jouir ainsi de cette « feinte crédibilité ». L’air de l’opportunisme et de l’imposture souveraine ! 





Mais aujourd’hui, se cacher derrière une certaine impériosité propre aux 90’s, me parait aussi tout à fait désuet. Car en revanche même si un certain ras le bol s’est fait sentir. Il existe bel et bien une très grande richesse dans le black metal actuel, aussi bien sur le plan international que dans l’hexagone ou en Belgique par exemple.

Ce dont je me méfierais le plus, sont les effets de modes, les arrivistes et autres duperies que trop laissent passer à l’heure de l’auto-médiatisation. On ne peut pas arriver et prétendre au trône après une démo ou un ep pensant rivaliser avec la longévité d’un Profanatica ou la légitimité d’un Sadomator par exemple. Le respect de ceux qui ont établie les règles et codes originaux d’un genre qu’encore une fois beaucoup de faux-culs décriaient à l’époque et vénèrent d’une splendide dévotion aujourd’hui en brandissant le merchandising d’Archgoat. Alors qu’ils auraient craché dessus il y’a 15 ou 20 ans…

Pour résumer la scène en ce moment on pourrait parler de Peste Noire. Certains verront la créativité, l’audace, la personnalité. La où d’autres ne percevront qu’une mauvaise parodie entre « DouSSeur de Vivre », « Fatal Bazooka » ou même un Suprême MRAP. Chacun sa vision de la chose, et les deux versions se tiennent certainement.

Pour ma part, quand tu te retrouves soutenu par Skullfucker de Bestial Warlust ou encore Tomas Stench de Morbosidad. Je pense qu’une certaine sagesse et humilité peut t’envahir. Un certain sentiment d’accomplissement de tâches exécutées avec ferveur sans pour autant sombrer dans l’ego ni la prétention.

Originaire de l’Est de la France tu vis aujourd’hui en Belgique. Ce pays t’inspire t’il des choses particulières ?

La Wallonie et la France même si nous parlons la même langue, sont deux territoire bien différents par leur Histoire (même si une part est commune par l’Empire Carolingien puis Napoléon par la suite). La culture populaire est vive ici. Les croyances sur les Macrales (sorcières en wallon) ne sont pas que des légendes. Il y’a une spiritualité enracinée dans la culture du peuple et son rapport à la nature. Je compare souvent la Belgique à la terre du milieu, le belge aime sa terre, n’aime pas l’intrusion mais est doué d’un accueil et d’une hospitalité chaleureuse assez hors du commun, tout comme celles des Hobbits de Tolkien. Je me suis souvent demandé si Tolkien n’avait jamais visité le plat pays d’ailleurs.

J’aime ce pays de liberté et de franc parlé. Ici les gens disent tout haut ce qu’ils pensent et ne se font pas prier pour correspondre à des protocoles de bienséance. Ce qui peut être paradoxal quand on sait que nous vivons dans une monarchie. Longue vie au roi !



ADRIEN WEBER BLACK METAL




  
Tu as créé Macabra, groupe de death metal, avec un américain, Mark Riddick (ex-Equimanthorn) comment la rencontre s’est-elle faite ? Où en êtes-vous ?

Mark à plusieurs formations lui aussi, dont Fetid Zombie.

Notre rencontre s’est faite alors que je l’ai contacté pour qu’il produise les illustrations du format cd et vinyle de l’album  « Le Chantre Du Charnier » d’Aliénante Damnation. De là, le feeling est passé très rapidement. Et en connaissance de ses goûts et de sa passion pour le death metal « LE VRAI », pas en mode « retro/revival machin chose », je lui ai proposé de fonder ce groupe. Nous avons d’ailleurs dessiné le logo de Macabra à 4 mains. Un effort riche, dynamique et punchy dans chacun  de nos enregistrements. Nous sommes toujours très enthousiastes à chaque nouveau chapitre. Un split est d’ailleurs actuellement en cours de préparation et je suis en plus du chant à la guitare rythmique à l’occasion de ces nouveaux titres (d’habitude je suis uniquement chanteur et je donne quelques idées pour les compos).




1   A titre personnel je suis très fan d’Aliénante Damnation, avec un son BM bien Raw et quelque chose de typiquement français. Peux-tu nous en dire un peu plus ?

L’intention d’AD était de créer un album alliant le war metal/black death et sa bestialité implacable à l’élégance rageuse des hymnes plus typiquement suédois, la face gelée et épique de ce diable scandinave. Mais surtout comme tu l’as noté, d’y apporter le lugubre lyrisme de la langue de Molière avec des textes d’une qualité soutenue et d’une sensualité malsaine.

J’étais dans un passage très noir de notre vie lors de son écriture. Période traversée d’une forme d’anorexie nerveuse/mentale. Aussi bien sur le plan psychique que de mon corps lui-même. Une sorte de kénose obscure dans laquelle j’ai régurgité toute cette noirceur amère et sulfurique. Et ce sur le papier comme dans les sonorités. De l’inhumanité à l’abjection d’un mal être effroyable et bileux.

ALIENANTE DAMNATION BLACK METAL METALLIAN

    Un dernier mot pour nos lecteurs ? Des conseils d’ écoute ?

Merci à toi de ton intérêt et le meilleur dans tes entreprises courageuses en tant qu’auteur et écrivain. Le dernier album que je recommanderais pourrait être le dernier Body Count, le dernier Madball. Mais la plus grande découverte que j’ai pu faire récemment s’appelle Fär que nous avons vu en première partie d’Amenra il y’a quelques mois. Un son électronique ahurissant doté d’une chanteuse irréelle qu’on pourrait comparer aisément à Bjork ou Portishead en plus moderne. Un groupe absolument unique et fabuleux !

Merci Adrien ;)

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